mon écho est une vieille folle
qui serre son sac
je m'inspire, je me vide
je prends mal le vent du nord
avide, imprenable
dans une ville impensée
une citadelle de faux-semblables
et ta bouche cousue d'or
toi, rempli du mot parfait
timbale gravée d'avant ta naissance
à plein gosier d'amour empli
et d'amour la gorge souveraine
que sais-tu de ce morceau
de boue vivante?
de ces charniers futurs?
pour un temps, lit tiède et lavande odorante
les heures sont blanches d'un air vicié
cumulus accumulés sans oxygène
veux-tu me parler des accomplissements du monde?
les étoiles se posent quand nos mains sont en fleurs
elles nous traversent quand nos yeux sont en feu
vont-elles combler tous les vides entre nos doigts?
et celui de nos orbites fumantes?
ou filer le fil éphémère que tissent les astres mourants
les choses sont infidèles, et faibles, comme les êtres
maîtresses de tous nos cache-misères
nos cache-coeurs, nos cache-sexes
nos cache-caches sans but asphyxiés
dis le mot parfait, sois un ange!
sois rossignol, rose et fruit sauvage
encre navigable, savante ou profonde
chair riante, et toutes les danses
délie de ton sang le trésor
attache à la traîne céleste de cinq branches
le fil arachnéen de ta bouche délacée
jeudi 24 janvier 2008
mercredi 23 janvier 2008
creuse et légère
je suis de bois
de bois mort, de bois flotté je suis
creuse et légère
rien ne s'imprime
sur ma peau d'âme-écorce
je ne comprends pas
ce qui doit s'éveiller
alors je dors
je suis de bois flotté
je suis la belle au bois dormant
qui es-tu, toi
derrière mon sommeil?
tu prétends me défaire
du baiser de l'oubli?
tu ne peux me déloger
de l'eau qui m'a fait naître
pourquoi es-tu si sûr
de ton cerveau?
j'ai pris la lune sur le bosquet
et le romarin en pousses tendres
et le soleil caressant les merveilles
ça ne m'a pas été donné de plein gré
où est celui qui me dévêt?
où est celui qui me mène?
j'attends, rien ne me met en prière
fruit douloureux penché sur la falaise
rien ne fait jour en moi
au point d'allumer la nuit
je cours sur la mort
comme sur une montagne
de pommes qui dévalent
je vais vers des champs sans culture
l'inconnu me lance une lanterne
ici, je ne rencontre que des ombres
qui se signent
pourquoi me réveillerais-je ?
si je suis née
je suis encore ailleurs
naître entière serait mon salut
je vous salue, ô maître des formes
car je suis de bois flotté
rien ne me leste
mon vin ne fermente pas
ma peau ne rend pas le son du tambour
rien ne jaillit du bois mort et de l'eau
je suis de bois
de bois mort, de bois flotté je suis
creuse et légère
rien ne s'imprime
sur ma peau d'âme-écorce
je ne comprends pas
ce qui doit s'éveiller
alors je dors
je suis de bois flotté
je suis la belle au bois dormant
qui es-tu, toi
derrière mon sommeil?
tu prétends me défaire
du baiser de l'oubli?
tu ne peux me déloger
de l'eau qui m'a fait naître
pourquoi es-tu si sûr
de ton cerveau?
j'ai pris la lune sur le bosquet
et le romarin en pousses tendres
et le soleil caressant les merveilles
ça ne m'a pas été donné de plein gré
où est celui qui me dévêt?
où est celui qui me mène?
j'attends, rien ne me met en prière
fruit douloureux penché sur la falaise
rien ne fait jour en moi
au point d'allumer la nuit
je cours sur la mort
comme sur une montagne
de pommes qui dévalent
je vais vers des champs sans culture
l'inconnu me lance une lanterne
ici, je ne rencontre que des ombres
qui se signent
pourquoi me réveillerais-je ?
si je suis née
je suis encore ailleurs
naître entière serait mon salut
je vous salue, ô maître des formes
car je suis de bois flotté
rien ne me leste
mon vin ne fermente pas
ma peau ne rend pas le son du tambour
rien ne jaillit du bois mort et de l'eau
nos poisons ont débordé
petits lacs d'essence volatile
arcs-en-ciel émouvants
semés sur terre
immenses, pour des yeux agrandis
musée multicolore
des amours muselées
arcs tombés tout chauds
de la voûte
allez, de la terre
repeindre le relief!
beautés salies, envoûtez les caniveaux!
tâches d'huiles bavant de tous nos coeurs
petits lacs d'essence volatile
arcs-en-ciel émouvants
semés sur terre
immenses, pour des yeux agrandis
musée multicolore
des amours muselées
arcs tombés tout chauds
de la voûte
allez, de la terre
repeindre le relief!
beautés salies, envoûtez les caniveaux!
tâches d'huiles bavant de tous nos coeurs
ô, poète
le sexe est un pouvoir coloré!
naïve, je crois que la laideur ne fait pas mal
ce jet d'aiguilles !
je peux me pavanner
en ignorant les lois
et mon devoir de gratuité d'âme
j'ai fais mal
à un bandit magnifique
au sourire en morceaux
mais j'ai vu sa beauté à couper le souffle
il dirigeait son feu de cyclope
comme un phare amoureux
et je me sentais tranquille
sous les foudres d'un oeil fantastique
oh cher, pardon...
ton talent m'armait mystérieusement
et me figeait d'impuissance
j'aimais, proche en toi
un dieu d'orage que tu endossais par hasard
toi, choisissant peu à peu de disparaître
dans une hideur voilée d'absynthe
qui me laisse encore glacée et fatale
terminant debout un sanglot solitaire
j'ai joué la bêtise
plutôt que de te dire
salaud, tu es sublime
mais ton corps est ruiné
le sexe est un pouvoir coloré!
naïve, je crois que la laideur ne fait pas mal
ce jet d'aiguilles !
je peux me pavanner
en ignorant les lois
et mon devoir de gratuité d'âme
j'ai fais mal
à un bandit magnifique
au sourire en morceaux
mais j'ai vu sa beauté à couper le souffle
il dirigeait son feu de cyclope
comme un phare amoureux
et je me sentais tranquille
sous les foudres d'un oeil fantastique
oh cher, pardon...
ton talent m'armait mystérieusement
et me figeait d'impuissance
j'aimais, proche en toi
un dieu d'orage que tu endossais par hasard
toi, choisissant peu à peu de disparaître
dans une hideur voilée d'absynthe
qui me laisse encore glacée et fatale
terminant debout un sanglot solitaire
j'ai joué la bêtise
plutôt que de te dire
salaud, tu es sublime
mais ton corps est ruiné
dans ma tour d'espérance
je manipule et j'entasse
beaucoup de choses vaines
qui ont le goût des veines
lentes battant ma gorge
et je sais qu'une vilaine amertume me comble
je fouille dans mes combles
je viole l'inviolable
je pétris et je mange
et même l'inmangeable
échaudons, écharnons
les passions bovines
lavons-les de lettres salines
car de ma tour tapissée
de jubilations coupables
pour demain, j'engraisse et j'immole
quelque vieux fétiche
doué de parole
je manipule et j'entasse
beaucoup de choses vaines
qui ont le goût des veines
lentes battant ma gorge
et je sais qu'une vilaine amertume me comble
je fouille dans mes combles
je viole l'inviolable
je pétris et je mange
et même l'inmangeable
échaudons, écharnons
les passions bovines
lavons-les de lettres salines
car de ma tour tapissée
de jubilations coupables
pour demain, j'engraisse et j'immole
quelque vieux fétiche
doué de parole
suis-moi
car je sens tes rêves profonds
suis-moi vers le lagon
où nous baignerons nos soies vives
tu ne prends pas le temps, non
alors comment veux-tu voir?
tu ne me laisses pas te montrer
ce qui fait l'ivresse du voyage
ah si tu avais vu
ces croissants bleus de lune
et ces pierres fauves !
si tu avais senti comme moi
une forêt entière
bruire et danser dans ton corps
avec le lever matinal de l'univers...
car je sens tes rêves profonds
suis-moi vers le lagon
où nous baignerons nos soies vives
tu ne prends pas le temps, non
alors comment veux-tu voir?
tu ne me laisses pas te montrer
ce qui fait l'ivresse du voyage
ah si tu avais vu
ces croissants bleus de lune
et ces pierres fauves !
si tu avais senti comme moi
une forêt entière
bruire et danser dans ton corps
avec le lever matinal de l'univers...
mardi 4 décembre 2007
aride
c'est d'abord aimer à nouveau
passer le fil
les bords du ciel doivent s'effacer
l'écriture doit jaillir
je maltraite mon coeur silencieux
avare
il a pris une décision et veut s'y tenir
le vent me dessèche et souffle encore
j'ai prononcé des voeux que j'ignore
mes désirs faciles sont des attentats
je ne sais pas pour combien de temps c'est ainsi
je ne peux m'opposer à moi-même
cela pousse pour prendre sa place
c'est un sol apparemment stérile
rien ne pousse qui n'y reçoive un nom
et je ne peux nommer
je maltraite mon coeur
afin qu'il parle enfin
il connait le sens nouveau
il ne dira rien, mais jusqu'à quand?
il attend et n'a que faire du temps
il attend que l'écriture jaillisse
que s'éloignent les bords du ciel
il attend que je sois réunie
passer le fil
les bords du ciel doivent s'effacer
l'écriture doit jaillir
je maltraite mon coeur silencieux
avare
il a pris une décision et veut s'y tenir
le vent me dessèche et souffle encore
j'ai prononcé des voeux que j'ignore
mes désirs faciles sont des attentats
je ne sais pas pour combien de temps c'est ainsi
je ne peux m'opposer à moi-même
cela pousse pour prendre sa place
c'est un sol apparemment stérile
rien ne pousse qui n'y reçoive un nom
et je ne peux nommer
je maltraite mon coeur
afin qu'il parle enfin
il connait le sens nouveau
il ne dira rien, mais jusqu'à quand?
il attend et n'a que faire du temps
il attend que l'écriture jaillisse
que s'éloignent les bords du ciel
il attend que je sois réunie
jeudi 26 avril 2007
31.accords terrestres
de la douleur encore
une crête rougeoyante
où se focalise ma vie minimale
si petite, si concentrée
un coup de vent, une bouffée
un calvaire rien que de respirer
le calibre des larmes
une crête rougeoyante
où se focalise ma vie minimale
si petite, si concentrée
un coup de vent, une bouffée
un calvaire rien que de respirer
le calibre des larmes
30.accords terrestres
ta légèreté scandaleuse
me broie, me dissout et m'amuse
je suis aussi le vent
je suis aussi un collier de tempête
j'épouse ton contraste de frère
je te voudrais interchangeable
vois le clair- obscur de tes paysages photographiques
et la précision des luttes qui soudain m'organisent
insensibilisé, mènes- moi par le sexe ou par le crâne
moi qui m'arrime machinalement à ta coque inconsistante
éclabousse mes revers pour toi identiques à tous
toi aussi, tu existes et tu n'existes pas
dans tes pièces vides où tu t'adosses
et confonds les utilités!
entre et sors par ce double fond
qui n'a plus de sûreté
c'est trop tendre à la fin
plus de serrure, plus de clef
j'aurais aimé pour toi
creuser une galerie merveilleuse
bordée de confitures...
me broie, me dissout et m'amuse
je suis aussi le vent
je suis aussi un collier de tempête
j'épouse ton contraste de frère
je te voudrais interchangeable
vois le clair- obscur de tes paysages photographiques
et la précision des luttes qui soudain m'organisent
insensibilisé, mènes- moi par le sexe ou par le crâne
moi qui m'arrime machinalement à ta coque inconsistante
éclabousse mes revers pour toi identiques à tous
toi aussi, tu existes et tu n'existes pas
dans tes pièces vides où tu t'adosses
et confonds les utilités!
entre et sors par ce double fond
qui n'a plus de sûreté
c'est trop tendre à la fin
plus de serrure, plus de clef
j'aurais aimé pour toi
creuser une galerie merveilleuse
bordée de confitures...
29.accords terrestres
une palette de rouge
c'est ce que je retiens
est-ce confondant, l'échange juste?
lèvres rouges à baiser sans fin
bouche phosphorescente
extrêmement jolie
ton corps intelligent est si malheureux
remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!
ravaudons le, ce corps crépusculaire
constellé de traumatismes microscopiques
je sais que tu préfères à la suture
les grimaces de tes plaies ridicules
c'est ce que je retiens
est-ce confondant, l'échange juste?
lèvres rouges à baiser sans fin
bouche phosphorescente
extrêmement jolie
ton corps intelligent est si malheureux
remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!
ravaudons le, ce corps crépusculaire
constellé de traumatismes microscopiques
je sais que tu préfères à la suture
les grimaces de tes plaies ridicules
28.accords terrestres
oiseau mort dans le bac à sable
à califourchon sur un arbre gelé
des anges cassent la vaisselle du mariage
une chèvre est pendue dans l'alcôve
comme le diable en personne
un python est lové le dimanche
sous le fauteuil crevé de la grange
le chien du voisin sourit de toutes ses dents
la gueule mangée de vers
voici le joli monde de l'enfance
c'est le cauchemard du manoir
qui recommence
à califourchon sur un arbre gelé
des anges cassent la vaisselle du mariage
une chèvre est pendue dans l'alcôve
comme le diable en personne
un python est lové le dimanche
sous le fauteuil crevé de la grange
le chien du voisin sourit de toutes ses dents
la gueule mangée de vers
voici le joli monde de l'enfance
c'est le cauchemard du manoir
qui recommence
27.accords terrestres
dans cette ville
je presse la boue d'un fleuve
qui ne rend pas de vin
j'entailles des troncs et des artères
qui ne donnent pas de lait
je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici
en courant dans la nuit sur un son amplifié
je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges
ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!
mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre
j'ai rendu déjà mon âme à Paris
je presse la boue d'un fleuve
qui ne rend pas de vin
j'entailles des troncs et des artères
qui ne donnent pas de lait
je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici
en courant dans la nuit sur un son amplifié
je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges
ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!
mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre
j'ai rendu déjà mon âme à Paris
26.accords terrestres
bois la tasse
prends un peu de torrent dans ton souffle
c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence
tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques
ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur
c'est le désert, c'est tout, et son unicité
il ne peut pas te sourire, il est mort
n'entretiens pas de connivence avec la fin
son hospitalité est trompeuse
c'est que rien ne peut te contredire
ensevelie dans cette faille hors du temps
l'eau vive insufflera la nage au paralytique
et l'anesthésie perdra son privilège
sortie d'un cocon mental au tissage serré
l'alerte est un signal réjouissant
ta peau rétractée voudra sentir
ta menbrure d'insecte gauche se détendra
loin de l'ennui, et loin du sable triste
où rien ne sait s'opposer au néant
prends un peu de torrent dans ton souffle
c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence
tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques
ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur
c'est le désert, c'est tout, et son unicité
il ne peut pas te sourire, il est mort
n'entretiens pas de connivence avec la fin
son hospitalité est trompeuse
c'est que rien ne peut te contredire
ensevelie dans cette faille hors du temps
l'eau vive insufflera la nage au paralytique
et l'anesthésie perdra son privilège
sortie d'un cocon mental au tissage serré
l'alerte est un signal réjouissant
ta peau rétractée voudra sentir
ta menbrure d'insecte gauche se détendra
loin de l'ennui, et loin du sable triste
où rien ne sait s'opposer au néant
25.accords terrestres
tu m'évoques
le temps et ses réserves ordonnées
l'orchestration inconsciente du choix
une retenue sans fard et bien menée
tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât
j'avoue qu'il n'y a rien à inventer
le temps et ses réserves ordonnées
l'orchestration inconsciente du choix
une retenue sans fard et bien menée
tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât
j'avoue qu'il n'y a rien à inventer
mercredi 25 avril 2007
24.accords terrestres
je ne veux plus rester dans la baignoire
à fixer longtemps le dessin
dans l'eau refroidie
le dessin a un sens maudit et lourd
le dessin a la forme informe de rien
les reliefs d'un corps dans un bain refroidit
à fixer longtemps le dessin
dans l'eau refroidie
le dessin a un sens maudit et lourd
le dessin a la forme informe de rien
les reliefs d'un corps dans un bain refroidit
23.accords terrestres
bravement assise sur mon néon intermittent
j'ai l'étendue indisciplinée devant moi
des visites m'assomment avec leurs visiteurs
de l'ampoule indécise je distingue
les alanguis vont et viennent
ils entrainent
des éclats de moi
prennent sans remise
et laissent pourrir
le précieux
alors pour moi-même
je cueille et je pêle
le fruit intime né dans la poussière
injectant la lumière au noir profond
au noir profond
enchassant des étoiles filantes
j'ai l'étendue indisciplinée devant moi
des visites m'assomment avec leurs visiteurs
de l'ampoule indécise je distingue
les alanguis vont et viennent
ils entrainent
des éclats de moi
prennent sans remise
et laissent pourrir
le précieux
alors pour moi-même
je cueille et je pêle
le fruit intime né dans la poussière
injectant la lumière au noir profond
au noir profond
enchassant des étoiles filantes
22.accords terrestres
sur le manège, je chevauche, ravie
le petit cheval vermeil
il galope joyeusement, habillé de lampions
soudain, je reconnais
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
sur le manège, je chevauche, dégrisée
le petit cheval de pacotille
c'était un parcours sans faute
un joli voyage balisé
ici une maison, ici un arbre, ici un chemin
je tourne sur mon territoire miniature, indéfiniment
j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir
j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre
et reprendre la route
le petit cheval vermeil
il galope joyeusement, habillé de lampions
soudain, je reconnais
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
sur le manège, je chevauche, dégrisée
le petit cheval de pacotille
c'était un parcours sans faute
un joli voyage balisé
ici une maison, ici un arbre, ici un chemin
je tourne sur mon territoire miniature, indéfiniment
j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir
j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre
et reprendre la route
21.accords terrestres
le mental assiégé
de lourds rébus s'affaissent
qui veut s'ériger ne tient pas
en circonvolutions de plâtre
coeur fragile et parole aboyée
la flèche cousue à l'arc
la main s'agitant dans les tripes
le masque besogneux entré dans les chairs
les ongles un à un retournés
sarabande épileptique
bleu nuit et vert et pourpre et noir
nuées et troupeaux s'engouffrent
et recrachent l'enfer quotidien
accroupi dans ses restes
l'être continu de se vomir
en marmottant des inepties cosmiques
et des poncifs pour mettre une norme
une boîte pour ranger le pire
une passoire pour égoutter son poison
une queue de serpent pour se souvenir de son rang
à mi-chemin entre Dieu et les hommes
animal monstueux venu de rien
incapable d'aimer ou de servir le monde
incapable même d'assouvir ses besoins
de lourds rébus s'affaissent
qui veut s'ériger ne tient pas
en circonvolutions de plâtre
coeur fragile et parole aboyée
la flèche cousue à l'arc
la main s'agitant dans les tripes
le masque besogneux entré dans les chairs
les ongles un à un retournés
sarabande épileptique
bleu nuit et vert et pourpre et noir
nuées et troupeaux s'engouffrent
et recrachent l'enfer quotidien
accroupi dans ses restes
l'être continu de se vomir
en marmottant des inepties cosmiques
et des poncifs pour mettre une norme
une boîte pour ranger le pire
une passoire pour égoutter son poison
une queue de serpent pour se souvenir de son rang
à mi-chemin entre Dieu et les hommes
animal monstueux venu de rien
incapable d'aimer ou de servir le monde
incapable même d'assouvir ses besoins
20.accords terrestres
elle est dure ta surface fumeuse d'asphalte noire
elle est loin ta chevelure
ton souffle autonome de blé ondulatoire
et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix
ton oeil penché est fendu comme une broche obscène
ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...
elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive
elle érode mes recoins depuis longtemps
tu vas encore,
le crâne démangé de mauvais sommeil
rosir ma peau de songes acides et moites
une fleur immobile est figée dans l'alcool
on dirait la vie qui reste
elle est loin ta chevelure
ton souffle autonome de blé ondulatoire
et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix
ton oeil penché est fendu comme une broche obscène
ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...
elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive
elle érode mes recoins depuis longtemps
tu vas encore,
le crâne démangé de mauvais sommeil
rosir ma peau de songes acides et moites
une fleur immobile est figée dans l'alcool
on dirait la vie qui reste
19.accords terrestres
consommer ton dieu
se répandre en moi
douceur en mouvement
quelle page de ton livre?
charge tendre à mourir
enfonce-toi profondément
dans mon lit
effeuillée et seule
je tresse pour toi
des guirlandes d'anémones de mer
forcée de m'entourer de mots
comme d'autant de bouées
parée pour mon sauvetage
le rivage fugitif est brumeux
peu accueillante cette terre vue de l'eau
seule, dériver vers une île
se répandre en moi
douceur en mouvement
quelle page de ton livre?
charge tendre à mourir
enfonce-toi profondément
dans mon lit
effeuillée et seule
je tresse pour toi
des guirlandes d'anémones de mer
forcée de m'entourer de mots
comme d'autant de bouées
parée pour mon sauvetage
le rivage fugitif est brumeux
peu accueillante cette terre vue de l'eau
seule, dériver vers une île
18.accords terrestres
beaucoup la servent
d'autres la sauvent
restent très couverts
pour éviter les revers
il y a les uns et puis les autres
la peau a ses caprices
et se donne mal pour ne pas se perdre
pourtant y sommeillent
des ressacs de joyaux sous la chair
et des voies pour le ciel de haute lumière
dans la dégringolade
il y a les uns et puis les autres
sertis tout vifs dans leur écrin
élégants dans leur chair de poule
ou bien
vouloir, pouvoir passer la main
calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse
et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite
et puis faut-il
plonger le fer chauffé à blanc
dans ce lait profond de la vie qui palpite?
quoi de plus ingénu qu'un ventre?
c'est presque fait pour la lame
la candeur questionne la violence
cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?
et l'on chuchote au grand rêveur
garde-toi, garde ton front pâle
hélas, du lourd tribut
chaque pièce trouble l'ensemble
chacune isolément impudique et confiante
se livre comme un tout aux abus émouvants
et poursuit seule une satiété de chimère
le piège parfois brisé
nous saurons peut-être parer nos blessures
d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants
trouée vaste vers les miracles forés de l'autre
souvent aussi
foire pathétique où tout se brade
tant de baisers laissés aux quatre vents!
encore, voici les corps fardés de nuit
voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent
les eaux font lac dans nos sacs ravinés
et nous donnent en pâture à la peau des autres
d'autres la sauvent
restent très couverts
pour éviter les revers
il y a les uns et puis les autres
la peau a ses caprices
et se donne mal pour ne pas se perdre
pourtant y sommeillent
des ressacs de joyaux sous la chair
et des voies pour le ciel de haute lumière
dans la dégringolade
il y a les uns et puis les autres
sertis tout vifs dans leur écrin
élégants dans leur chair de poule
ou bien
vouloir, pouvoir passer la main
calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse
et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite
et puis faut-il
plonger le fer chauffé à blanc
dans ce lait profond de la vie qui palpite?
quoi de plus ingénu qu'un ventre?
c'est presque fait pour la lame
la candeur questionne la violence
cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?
et l'on chuchote au grand rêveur
garde-toi, garde ton front pâle
hélas, du lourd tribut
chaque pièce trouble l'ensemble
chacune isolément impudique et confiante
se livre comme un tout aux abus émouvants
et poursuit seule une satiété de chimère
le piège parfois brisé
nous saurons peut-être parer nos blessures
d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants
trouée vaste vers les miracles forés de l'autre
souvent aussi
foire pathétique où tout se brade
tant de baisers laissés aux quatre vents!
encore, voici les corps fardés de nuit
voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent
les eaux font lac dans nos sacs ravinés
et nous donnent en pâture à la peau des autres
17.accords terrestres
Beauté
pourrais-je encore
au coeur du désastre
me réjouir de ta présence de fête?
aller plus loin que l'orgie sidérale
d'un siècle sidéré
que l'onde de choc dévastatrice
aux orifices virtuels
ce qui se lève ici n'est pas né de là
peut-on peler les pensées comme des adhérences?
s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?
mouvement, énergie et mesure brisée
sont la grande musique de la beauté
venus interlope
muse mutante
dont l'évidence n'est éprouvée que dans sa distortion
qui osera faire place au monstre-papillon?
diva de feu et de glace
qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?
pourrais-je encore
au coeur du désastre
me réjouir de ta présence de fête?
aller plus loin que l'orgie sidérale
d'un siècle sidéré
que l'onde de choc dévastatrice
aux orifices virtuels
ce qui se lève ici n'est pas né de là
peut-on peler les pensées comme des adhérences?
s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?
mouvement, énergie et mesure brisée
sont la grande musique de la beauté
venus interlope
muse mutante
dont l'évidence n'est éprouvée que dans sa distortion
qui osera faire place au monstre-papillon?
diva de feu et de glace
qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?
16.accords terrestres
donne tes joues estampées
donne ta main qui broie et berce
donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu
ta misère laconique flattant ton courage
les lacis enfièvrés de tes rêves battus
les îlots verglacés d'un entre-deux mondes
donne ta puissance brisée comme une arête
contre de périlleux écueils érectils
le pathos tranquille et choyé d'un mal ami
la douleur énervante et sucrée du mélange
donne encore à voir tes contrées mal visitées
tes palais sublimes qui prennent l'eau
tes trésors croupissants stupidement oubliés
ton feu vif et ultime qu'on emmure
donne-moi ta parole vraie
j'ai peine à croire à ces miroitements
d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?
ici j'ai peur et je n'ose
donne ta main qui broie et berce
donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu
ta misère laconique flattant ton courage
les lacis enfièvrés de tes rêves battus
les îlots verglacés d'un entre-deux mondes
donne ta puissance brisée comme une arête
contre de périlleux écueils érectils
le pathos tranquille et choyé d'un mal ami
la douleur énervante et sucrée du mélange
donne encore à voir tes contrées mal visitées
tes palais sublimes qui prennent l'eau
tes trésors croupissants stupidement oubliés
ton feu vif et ultime qu'on emmure
donne-moi ta parole vraie
j'ai peine à croire à ces miroitements
d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?
ici j'ai peur et je n'ose
15.accords terrestres
ton aube se vide sur la terre rouge
l'amour est une chute brutale
l'amour est un dernier souffle
l'amour est une chute brutale
l'amour est un dernier souffle
14.accords terrestres
l'amour est vertical
le désir est parfois glacé comme une lame
le plaisir se verse grenat dans les coupes
ou tournoie en éclaboussures génitales
l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait
l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes
les voyageurs choisissent leur destination
le désir est parfois glacé comme une lame
le plaisir se verse grenat dans les coupes
ou tournoie en éclaboussures génitales
l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait
l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes
les voyageurs choisissent leur destination
13.accords terrestres
c'est la capture qui t'importe, chère âme
sentir ton souffle inventer mes contours
vouloir que je sois tienne, confondre je et tu
le cavalier devient la monture infidèle
au crépuscule ils essayent le ciel
regarde en face ces beautés
soumets-toi
ces outrances sont le fait d'une juste balance
afin que nos yeux sans pupilles se délestent
des fragments réunis des amants désunis
pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus
quel serait le sens autrement des liens qui nous lacèrent?
sentir ton souffle inventer mes contours
vouloir que je sois tienne, confondre je et tu
le cavalier devient la monture infidèle
au crépuscule ils essayent le ciel
regarde en face ces beautés
soumets-toi
ces outrances sont le fait d'une juste balance
afin que nos yeux sans pupilles se délestent
des fragments réunis des amants désunis
pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus
quel serait le sens autrement des liens qui nous lacèrent?
12.accords terrestres
face à moi est cet autre agissant dans un homme
qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue
ici, c'est la peau qui rampe sous la chair
la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles
une récolte amère et forte brisera, comme pour lui
nos dernières trébuchantes paroles
il offre à nos blasphèmes sa transparence
un écran sacrifié pour un destin qui écume
les noirs desseins ont des ombres basaltiques
et de brutales volées de jour clair
le fiel et le soufre se font porteurs
d'une alchimie tourmentée mais heureuse
un or lourd se martèle dans la forge des dieux
épuisant les secrets de sa naissance
et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent
les âges aux mille plaies martyres
il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit
le nectar de la vie éprouvée et réelle
pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable
un autre me regarde qui se tient devant lui
qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue
ici, c'est la peau qui rampe sous la chair
la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles
une récolte amère et forte brisera, comme pour lui
nos dernières trébuchantes paroles
il offre à nos blasphèmes sa transparence
un écran sacrifié pour un destin qui écume
les noirs desseins ont des ombres basaltiques
et de brutales volées de jour clair
le fiel et le soufre se font porteurs
d'une alchimie tourmentée mais heureuse
un or lourd se martèle dans la forge des dieux
épuisant les secrets de sa naissance
et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent
les âges aux mille plaies martyres
il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit
le nectar de la vie éprouvée et réelle
pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable
un autre me regarde qui se tient devant lui
11.accords terrestres
un rêve, faucon brassant ma nuit
un décor posé, une amorce fragile
moment vague, joie incertaine
ce lieu est immense,
les murs nus tracés au hasard
et moi posée là
avec d'autres, tu vas me reconnaitre
voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide
traversant de grands espaces
l'esprit soupire, l'indomptable ironise
comment croire en ce plein d'évidences?
mais voici qu'irradie un lumineux baiser
je suis ta vestale, flamme-enfant!
derrière l'énigme d'un sourire de chat
des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent
reculons un peu, laissons pour voir
mais beaucoup plus tard il faudra
dans un temps aux noirs entrelacs
où perce, poignante, la première clarté diurne
que nous apprenions à regarder
vers la belle échappée fugace des vies
un échange attentif, main de feu
soulèvera en nous l'extase lente
de ce qui a toujours été voilé mais su
quand il sera l'heure
je baiserai d'abord
tes pieds nus, leur tiède innocence
puis goûterai chaque parcelle de toi déployée
continents emplis de silences
et tes paupières qui brident les poèmes sauvages
saccagés en-dedans
doucement éclose par ma bouche liquide
verrai fleurir ta forme, écorcée...
entre mes paumes la vie s'écoulera
de toi, sur mon or incliné
enfin, quand les années
déferont nos corps de leurs os
nos mains, comme des touts-petits
repliées en bourgeons sur nos peaux
baigneront leurs ailes endormies
dans l'engloutissement
du transitoire esquif
un décor posé, une amorce fragile
moment vague, joie incertaine
ce lieu est immense,
les murs nus tracés au hasard
et moi posée là
avec d'autres, tu vas me reconnaitre
voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide
traversant de grands espaces
l'esprit soupire, l'indomptable ironise
comment croire en ce plein d'évidences?
mais voici qu'irradie un lumineux baiser
je suis ta vestale, flamme-enfant!
derrière l'énigme d'un sourire de chat
des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent
reculons un peu, laissons pour voir
mais beaucoup plus tard il faudra
dans un temps aux noirs entrelacs
où perce, poignante, la première clarté diurne
que nous apprenions à regarder
vers la belle échappée fugace des vies
un échange attentif, main de feu
soulèvera en nous l'extase lente
de ce qui a toujours été voilé mais su
quand il sera l'heure
je baiserai d'abord
tes pieds nus, leur tiède innocence
puis goûterai chaque parcelle de toi déployée
continents emplis de silences
et tes paupières qui brident les poèmes sauvages
saccagés en-dedans
doucement éclose par ma bouche liquide
verrai fleurir ta forme, écorcée...
entre mes paumes la vie s'écoulera
de toi, sur mon or incliné
enfin, quand les années
déferont nos corps de leurs os
nos mains, comme des touts-petits
repliées en bourgeons sur nos peaux
baigneront leurs ailes endormies
dans l'engloutissement
du transitoire esquif
10.accords terrestres
longtemps, ça, que tu portes de gré ou de force
a rythmé d'autres pas
à mon tour de te rendre,par delà les chutes
et le reste
le ciel, toujours, se mêle à ta boue
cette argile pénétrée d'or pur
charrie-la
tu joues. au grand JE de la vie
violent, d'une âcre pureté
qui va secouer les lents vaisseaux du monde?
faire plonger les comètes
ployer cette terre féconde?
ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour
chacun peut voir et en juger
tu es au coeur du commencement
presse les déments sur ton sein
trouve l'issue derrière l'épouvante
voyage sur la grinçante ligne électrisée
ta conscience est chargée des données d'une époque
c'est le soir rouge de l'occident
la machine est en route
elle coiffe toute la terre
il faut se servir de l'alchimie assignée
le feu cherche en se consumant
a rythmé d'autres pas
à mon tour de te rendre,par delà les chutes
et le reste
le ciel, toujours, se mêle à ta boue
cette argile pénétrée d'or pur
charrie-la
tu joues. au grand JE de la vie
violent, d'une âcre pureté
qui va secouer les lents vaisseaux du monde?
faire plonger les comètes
ployer cette terre féconde?
ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour
chacun peut voir et en juger
tu es au coeur du commencement
presse les déments sur ton sein
trouve l'issue derrière l'épouvante
voyage sur la grinçante ligne électrisée
ta conscience est chargée des données d'une époque
c'est le soir rouge de l'occident
la machine est en route
elle coiffe toute la terre
il faut se servir de l'alchimie assignée
le feu cherche en se consumant
9.accords terrestres
parfois Tu surgis comme l'odieuse escarmouche
Tu détruis et entailles et broies obstinément!
même le juste est par Toi retranché de sa source
tout est remélangé sans pudeur, grossièrement
on pourra voir enfin défiler le cortège
de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais
la Beauté altière glissant sa main de neige
dans celle de la vieille Carabosse au long nez
Tu détruis et entailles et broies obstinément!
même le juste est par Toi retranché de sa source
tout est remélangé sans pudeur, grossièrement
on pourra voir enfin défiler le cortège
de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais
la Beauté altière glissant sa main de neige
dans celle de la vieille Carabosse au long nez
8.accords terrestres
avec tous, se heurter sans cesse à soi-même
se meurtrir le visage sur son reflet terni
comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse
lassitude invaincue, ronde sempiternelle
maintenue si ferme et si petitement
d'une main aux doigts indécents
insolente indolence d'un piège haï mais sûr
imparable faiseur de fausses notes
tu serpentes en vagues somnambules
monstre chéri d'ennui jouisseur
sur des boulevards trop fréquentés,
un bouffon famélique couronne un roi fantoche
se meurtrir le visage sur son reflet terni
comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse
lassitude invaincue, ronde sempiternelle
maintenue si ferme et si petitement
d'une main aux doigts indécents
insolente indolence d'un piège haï mais sûr
imparable faiseur de fausses notes
tu serpentes en vagues somnambules
monstre chéri d'ennui jouisseur
sur des boulevards trop fréquentés,
un bouffon famélique couronne un roi fantoche
7.accords terrestres
je suis louve dans la steppe immense
mon royaume est la lune pleine
ma famille est la liberté
chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine
un amour sauvage me lie à mes frères
mais je ne suis jalouse que de moi-même
mes petits sont enfants des étoiles
je les aime comme le givre sur l'herbe
si je tue souvent, la mort m'indiffère
dans le regard humide de la bête vaincue
remonte de la terre une flamme conquise et fière
quelque douleur ténue parfois enfle et me toise
et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus
me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel
mon royaume est la lune pleine
ma famille est la liberté
chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine
un amour sauvage me lie à mes frères
mais je ne suis jalouse que de moi-même
mes petits sont enfants des étoiles
je les aime comme le givre sur l'herbe
si je tue souvent, la mort m'indiffère
dans le regard humide de la bête vaincue
remonte de la terre une flamme conquise et fière
quelque douleur ténue parfois enfle et me toise
et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus
me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel
6.accords terrestres
oh, mes petits dieux menus
vous me manquez...
candeur douce ou brasier rieur
au-dessus des maisons
vous dansez, comme des anges!
puissiez-vous toujours rester nus
comme le vin coule et fait l'ivresse
comme le sel de la terre resplendit!
avec votre air de fête légère,
creusez donc un profond sillon!
vous me manquez...
candeur douce ou brasier rieur
au-dessus des maisons
vous dansez, comme des anges!
puissiez-vous toujours rester nus
comme le vin coule et fait l'ivresse
comme le sel de la terre resplendit!
avec votre air de fête légère,
creusez donc un profond sillon!
5.accords terrestres
errer n'est pas triste dans la pulsation du monde
dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!
alors où sont passées les changeantes couleurs,
les saveurs piquantes du possible?
le rire et ses humeurs somptueuses
le corps joyeux, et ses ivresses?
il est trop tôt, ne t'endors pas...
il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde
prendre vivant ce qui chavire!
la beauté, grave comme un fruit
sa splendeur périssable
son parfum qui se coule et se noie sous la chair
et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine
cet instant nu qui nous enlace, oublieux
et se délie soudain d'une grâce qui laboure
il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée
oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège
accepter enfin d'être et de vraiment sentir
en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles
la clef, vraiment, est de ne rien tenir
dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!
alors où sont passées les changeantes couleurs,
les saveurs piquantes du possible?
le rire et ses humeurs somptueuses
le corps joyeux, et ses ivresses?
il est trop tôt, ne t'endors pas...
il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde
prendre vivant ce qui chavire!
la beauté, grave comme un fruit
sa splendeur périssable
son parfum qui se coule et se noie sous la chair
et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine
cet instant nu qui nous enlace, oublieux
et se délie soudain d'une grâce qui laboure
il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée
oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège
accepter enfin d'être et de vraiment sentir
en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles
la clef, vraiment, est de ne rien tenir
4.accords terrestres
mon coeur, cet inconscient, ce sauvage
saute et cogne
artifice éploré,face obscène,farce, grimace
faim hurleuse pour finir
le bonheur d'avoir l'âme fière!
(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)
mais les impulsions cannibales,les yeux pleins
rendons-leur hommage
qui nous mènent cahotants, débiles
atteints en secret d'une maladie rare et belle
et nous trouvent demain
chercheurs d'or parmi les banquiers!
saute et cogne
artifice éploré,face obscène,farce, grimace
faim hurleuse pour finir
le bonheur d'avoir l'âme fière!
(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)
mais les impulsions cannibales,les yeux pleins
rendons-leur hommage
qui nous mènent cahotants, débiles
atteints en secret d'une maladie rare et belle
et nous trouvent demain
chercheurs d'or parmi les banquiers!
3.accords terrestres
quel Amour sera jeté en mon coeur?
celui dont le nom brûlant Te lança sur terre
pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?
celui qui se penche, en un éclair ailé
pour boire les coeurs faibles?
celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?
celui qui est très peu connu mais désiré sans trève
cet amour, celui qu'on aime en rêve
et qui lui, aime en cercle infini
de l'âcre aurore aux astres mûrs
des nocturnes odes aux aubes sépulcrales
va du premier tendre souffle à la tombe
reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair
celui dont le nom brûlant Te lança sur terre
pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?
celui qui se penche, en un éclair ailé
pour boire les coeurs faibles?
celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?
celui qui est très peu connu mais désiré sans trève
cet amour, celui qu'on aime en rêve
et qui lui, aime en cercle infini
de l'âcre aurore aux astres mûrs
des nocturnes odes aux aubes sépulcrales
va du premier tendre souffle à la tombe
reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair
2.accords terrestres
hé, désirs!
petite troupe charmeuse débraillée
singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs
qu'attise une gourmandise déguisée en besoin
demandez d'autres nourritures,c'est l'heure
ou périssez demain
petite troupe charmeuse débraillée
singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs
qu'attise une gourmandise déguisée en besoin
demandez d'autres nourritures,c'est l'heure
ou périssez demain
1.accords terrestres
scapel des mots
étrangleur de silence
dérisoire alphabet,
habit verbeux du pauvre
si tu prends ombrage d'une autre guérison
c'est encore toi qui danses ?!
.........
ô dévalez, mots
serpents de mer, queues de sirènes
cobalt crayeux mêlés de sèves
dévalez...
de cette gorge, vomissez-moi
même étroit ce passage semé de cailloux
de tranchants petits diables, de condors
dévalez, dévalez sans cesse
avalez, enfantez le reste
et que la dernière goutte brille sur ma langue
de cette semence génitrice de mirages
étrangleur de silence
dérisoire alphabet,
habit verbeux du pauvre
si tu prends ombrage d'une autre guérison
c'est encore toi qui danses ?!
.........
ô dévalez, mots
serpents de mer, queues de sirènes
cobalt crayeux mêlés de sèves
dévalez...
de cette gorge, vomissez-moi
même étroit ce passage semé de cailloux
de tranchants petits diables, de condors
dévalez, dévalez sans cesse
avalez, enfantez le reste
et que la dernière goutte brille sur ma langue
de cette semence génitrice de mirages
28.coulées
je n'en voulais plus
je n'avais pas les moyens d'être autre chose
je roulais, molestée comme un paquet de mer
rêvant une hermine de blanche écume
collectant les coquillages
chamarés et fantastiques
et perdant leur magie consignée loin des eaux
je voulais des jambes. je voulais être juste
composée des premières matières
me détacher du fond
je n'avais pas les moyens d'être autre chose
je roulais, molestée comme un paquet de mer
rêvant une hermine de blanche écume
collectant les coquillages
chamarés et fantastiques
et perdant leur magie consignée loin des eaux
je voulais des jambes. je voulais être juste
composée des premières matières
me détacher du fond
27.coulées
du gouffre aux rameaux du ciel
tisser la transparence
dans une activité menue et silencieuse
les soies s'allongent et formulent
les chemins du secret
une géométrie pure se dessine
iridescente, articulée
la vision parfaite de la cime à l'abîme
ici se tient le centre
tiré par mille coursiers
concentré en un point
l'un et l'autre, deux mais un
comme la main et sa paume
tisser la transparence
dans une activité menue et silencieuse
les soies s'allongent et formulent
les chemins du secret
une géométrie pure se dessine
iridescente, articulée
la vision parfaite de la cime à l'abîme
ici se tient le centre
tiré par mille coursiers
concentré en un point
l'un et l'autre, deux mais un
comme la main et sa paume
26.coulées
le vide seul se laissait respirer
respirer mon absence à pleins poumons
je clignotais dans cette mort naissante
en m'expulsant comme une brume épaisse
je me sabordais indistinctement
pour une poignée d'êtres
m'apercevant si peu moi-même
dans le demi-jour de mes fonds remués
sous ma surface gémissante
glissait silencieux et rapide
le déluge
j'étais bonne à louer, à peine à vendre
après tout, on loue bien le seigneur!
quelle était ma partition?
il me restait si peu de beauté
même mon affaissement manquait d'envergure...
c'est étrange, mais je confesse
avoir été frappée en plein
de la meilleure façon
respirer mon absence à pleins poumons
je clignotais dans cette mort naissante
en m'expulsant comme une brume épaisse
je me sabordais indistinctement
pour une poignée d'êtres
m'apercevant si peu moi-même
dans le demi-jour de mes fonds remués
sous ma surface gémissante
glissait silencieux et rapide
le déluge
j'étais bonne à louer, à peine à vendre
après tout, on loue bien le seigneur!
quelle était ma partition?
il me restait si peu de beauté
même mon affaissement manquait d'envergure...
c'est étrange, mais je confesse
avoir été frappée en plein
de la meilleure façon
25.coulées
je sens souvent l'insistant murmure du voyant
je n'échappe pas alors à sa parole noyée
un mot se forme dans la glaise
un seul mot me nourrit comme un chant
ce sont des pluies si pures
des averses soudaines
des éclaircies et des splendeurs à pleurer
un ravissement d'être et de comprendre
un ravissement abyssal d'être née
je n'échappe pas alors à sa parole noyée
un mot se forme dans la glaise
un seul mot me nourrit comme un chant
ce sont des pluies si pures
des averses soudaines
des éclaircies et des splendeurs à pleurer
un ravissement d'être et de comprendre
un ravissement abyssal d'être née
24.coulées
je cherche le trait d'union
le Très Haut Amour
je serai Son coeur
tu seras Ses mains
nos bras de lianes berceront les vastitudes
nous verserons les océans de demain
surgiront des astres morts les corps chatoyants
fondront sur terre en torrent les corps compassés
éloignant les filets pourrissants de la chair
je saurai te désigner hors du temps
délaissant les désirs dépolis par les sables
je saurai être ton rire ou ton armée
tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde
d'un dieu enfant jouant avec ses créatures
et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes
coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde
le Très Haut Amour
je serai Son coeur
tu seras Ses mains
nos bras de lianes berceront les vastitudes
nous verserons les océans de demain
surgiront des astres morts les corps chatoyants
fondront sur terre en torrent les corps compassés
éloignant les filets pourrissants de la chair
je saurai te désigner hors du temps
délaissant les désirs dépolis par les sables
je saurai être ton rire ou ton armée
tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde
d'un dieu enfant jouant avec ses créatures
et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes
coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde
23.coulées
vie lactifère
canal généreux, hermétique mystère
je m'agrippe à ta mamelle
loin du temps conjugué et des jours chiffrables
ce serait normal que tu m'embrasses à rebours
où vont tes richesses?
défais-moi de mes humeurs labiles
avec des nourritures denses et curatives
tires- moi d'un sommeil où je te défigure
canal généreux, hermétique mystère
je m'agrippe à ta mamelle
loin du temps conjugué et des jours chiffrables
ce serait normal que tu m'embrasses à rebours
où vont tes richesses?
défais-moi de mes humeurs labiles
avec des nourritures denses et curatives
tires- moi d'un sommeil où je te défigure
22.coulées
c'est parce qu'ici tu sais
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
22.coulées
c'est parce qu'ici tu sais
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
21.coulées
plaie ouverte, deviens close
dit la bouche en sa digue ourlée
j'ai une blancheur poudrée de nacre
et silencieuse à traverser
oracle, oral sans auditoire
prends pitié
tant j'essaie de me salir de mes fulgurances
je dois encore me nourrir de limon
et me couvrir de ce pollen qui se pose
en efflorescence
j'ai une pulsion native
qui creuse mon vouloir
qui me mutile pour d'autres ailes
et révèle mon vrai contenant
j'ai fais fortune, c'est évident
si il est dit qu'une amante sans amant
décroche aisément la lune
même empêtrée dans la doublure de son ombre
seule pour apprendre à contenir l'admirable
engendrant seule ce qui s'engendre
ainsi changeant pour une enveloppe flexible
et une géographie renversée
pour aller plus loin sans fatigue
j'ai cherché un lieu autrefois
mais c'était en terre étrangère
je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre
à la frontière des mondes tournoie un feu autonome
tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise
ne fais pas de remous, tais ta rive
que j'écoute
la simple mesure qui subjugue
dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète
c'est cette épée qui lamine mes fantômes
et restitue leur poids aux choses
dit la bouche en sa digue ourlée
j'ai une blancheur poudrée de nacre
et silencieuse à traverser
oracle, oral sans auditoire
prends pitié
tant j'essaie de me salir de mes fulgurances
je dois encore me nourrir de limon
et me couvrir de ce pollen qui se pose
en efflorescence
j'ai une pulsion native
qui creuse mon vouloir
qui me mutile pour d'autres ailes
et révèle mon vrai contenant
j'ai fais fortune, c'est évident
si il est dit qu'une amante sans amant
décroche aisément la lune
même empêtrée dans la doublure de son ombre
seule pour apprendre à contenir l'admirable
engendrant seule ce qui s'engendre
ainsi changeant pour une enveloppe flexible
et une géographie renversée
pour aller plus loin sans fatigue
j'ai cherché un lieu autrefois
mais c'était en terre étrangère
je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre
à la frontière des mondes tournoie un feu autonome
tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise
ne fais pas de remous, tais ta rive
que j'écoute
la simple mesure qui subjugue
dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète
c'est cette épée qui lamine mes fantômes
et restitue leur poids aux choses
20.coulées
sur nos routes tremblantes
nous naissons et laissons tout
nous avons, en outre
à plonger droit en lieu et date
au rendez-vous
nocturnes noces à coeur ouvert
nattes bien serrées
comme phalanges blanchies
comme ornées d'hématomes
nattes tressées au nombre d'or
des équations de l'âme
quel grand amour est couronné
de ces liens pesamment noués?
grand amour par lequel nous sommes tout
derrière ou par devant les ères
obstruant les murs de sang noir
derrière les tripes nauséabondes
la belle énigme!
par mille rubans filants
parmi les délicates ombres fuyantes
nous sommes là
fous solidaires si à l'heure dite
fous chasseurs d'ombres
quelle terrible percée, ombre pieuvre!
fièvre ruante de l'amant repoussé
fiévreuse attente vivant de corps défaits
comme oreillers de plumes creuvés
quelle terrible attente, quelle portée!
onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes
ah, vague soumise de tant d'onde naviguable
de combien d'océans jaillissent combien de vagues?
nous naissons et laissons tout
nous avons, en outre
à plonger droit en lieu et date
au rendez-vous
nocturnes noces à coeur ouvert
nattes bien serrées
comme phalanges blanchies
comme ornées d'hématomes
nattes tressées au nombre d'or
des équations de l'âme
quel grand amour est couronné
de ces liens pesamment noués?
grand amour par lequel nous sommes tout
derrière ou par devant les ères
obstruant les murs de sang noir
derrière les tripes nauséabondes
la belle énigme!
par mille rubans filants
parmi les délicates ombres fuyantes
nous sommes là
fous solidaires si à l'heure dite
fous chasseurs d'ombres
quelle terrible percée, ombre pieuvre!
fièvre ruante de l'amant repoussé
fiévreuse attente vivant de corps défaits
comme oreillers de plumes creuvés
quelle terrible attente, quelle portée!
onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes
ah, vague soumise de tant d'onde naviguable
de combien d'océans jaillissent combien de vagues?
19.coulées
je m'abreuve au baiser de ta bouche
ma vie arquée sur ton seul regard
nourriture-miroir riche et limpide et bleue
flêche au trait puissant mais hagard
car je ne sais où tu me touches
luxuriantes forêts bordées de ronces
orées palpitantes
profondeurs dorées
chaudes comme le pain beurré et le miel
et l'eau si fraîche
sous tes reins
je m'abreuve et c'est magnifique
je m'abreuve et je bois à la louche
en d'immenses enjambées
les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi
parcourent ton jardin
et dansent
là où je peux étreindre, j'étreins
par milliers, ces brassées de ton rire sauvage
et ces fruits d'un rouge insolent
rappellent la douceur acide
de la liberté
et son prix
sois toujours plus vaste
que le vaste monde
dans mon baiser de géante
je m'abreuve à ta source
embrase mon âme étanchée à ton souffle
qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?
ma vie arquée sur ton seul regard
nourriture-miroir riche et limpide et bleue
flêche au trait puissant mais hagard
car je ne sais où tu me touches
luxuriantes forêts bordées de ronces
orées palpitantes
profondeurs dorées
chaudes comme le pain beurré et le miel
et l'eau si fraîche
sous tes reins
je m'abreuve et c'est magnifique
je m'abreuve et je bois à la louche
en d'immenses enjambées
les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi
parcourent ton jardin
et dansent
là où je peux étreindre, j'étreins
par milliers, ces brassées de ton rire sauvage
et ces fruits d'un rouge insolent
rappellent la douceur acide
de la liberté
et son prix
sois toujours plus vaste
que le vaste monde
dans mon baiser de géante
je m'abreuve à ta source
embrase mon âme étanchée à ton souffle
qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?
18.coulées
j'ai deviné le meilleur
j'ai convié l'idée à naître
j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair
j'ai goûté la volupté du réel
n'existe que le présent
fil tangible et tremblant
être rassemblé en soi-même est un bombardement
c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages
existent dans d'inconfortables détours
il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins
connaître est la fin de tant de choses!
j'ai convié l'idée à naître
j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair
j'ai goûté la volupté du réel
n'existe que le présent
fil tangible et tremblant
être rassemblé en soi-même est un bombardement
c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages
existent dans d'inconfortables détours
il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins
connaître est la fin de tant de choses!
17.coulées
mon Amour est venu me chercher
Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même
je ne le voyais pas
depuis longtemps Il portait tous mes gestes
acquiesçait à toute pensée
dans mon élan se brisait sur l'erreur
et avec moi se redressait
quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine
et quand je le trainais comme un poids inutile
vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise
un jour, dans les actes dormants
et les vains bavardages de ma pensée sans air
j'entendis l'appel déchiré de mon âme
tel un oiseau chutant, par-delà
j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide
aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors
j'ai consenti, écrasée, immobile
là, enfin j'ai vu mon Amour terrible
mon Amour m'avait entière dans ses bras
quelque chose a tremblé un instant
révélant tout un pan des mondes
d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom
une absolue négation cédant la place soudain
à l'ivresse d'un jeu incroyable
Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même
je ne le voyais pas
depuis longtemps Il portait tous mes gestes
acquiesçait à toute pensée
dans mon élan se brisait sur l'erreur
et avec moi se redressait
quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine
et quand je le trainais comme un poids inutile
vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise
un jour, dans les actes dormants
et les vains bavardages de ma pensée sans air
j'entendis l'appel déchiré de mon âme
tel un oiseau chutant, par-delà
j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide
aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors
j'ai consenti, écrasée, immobile
là, enfin j'ai vu mon Amour terrible
mon Amour m'avait entière dans ses bras
quelque chose a tremblé un instant
révélant tout un pan des mondes
d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom
une absolue négation cédant la place soudain
à l'ivresse d'un jeu incroyable
16.coulées
je sais ce qui cours sur toi
je sais bien de quoi cela se nourrit
les charognars mangent le coeur primitif
celui-là même qui voile la pierre
ils ne s'attardent pas près de celui
qui se drape dans une pensée seyante
qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu
et s'y étrangle
celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice
non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu
sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale
elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà
sois attentif à ceux qui te croient faible
le lien tendre se noue loin des convoitises
je sais bien de quoi cela se nourrit
les charognars mangent le coeur primitif
celui-là même qui voile la pierre
ils ne s'attardent pas près de celui
qui se drape dans une pensée seyante
qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu
et s'y étrangle
celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice
non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu
sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale
elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà
sois attentif à ceux qui te croient faible
le lien tendre se noue loin des convoitises
15.coulées
ne plus se remplir au hasard
ni se nourrir du commerce des âmes
éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir
être, même tard, dans son jaillissement
v
ni se nourrir du commerce des âmes
éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir
être, même tard, dans son jaillissement
v
14.coulées
à pas comptés je m'avance
non, tu n'auras rien d'habituel
tu croiras qu'il ne t'est rien donné
aucun acte n'a plus son pareil
entre nous le grand vide à tanner comme un cuir
ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire
inspire une vision sans mélange
laisse les gestes, aucun n'est le bon
tais les mots, ils sont impuissants
verse ton corps là où la danse
caresse et déplie l'athmosphère
non ce n'est pas cruel, écoute
aucune référence ne retient l'impalpable
le silence se couve comme un oeuf
bientôt éclos
non, tu n'auras rien d'habituel
tu croiras qu'il ne t'est rien donné
aucun acte n'a plus son pareil
entre nous le grand vide à tanner comme un cuir
ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire
inspire une vision sans mélange
laisse les gestes, aucun n'est le bon
tais les mots, ils sont impuissants
verse ton corps là où la danse
caresse et déplie l'athmosphère
non ce n'est pas cruel, écoute
aucune référence ne retient l'impalpable
le silence se couve comme un oeuf
bientôt éclos
13.coulées
implacable et répétitive existence
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
12.coulées
ces mots ont-t-ils un sens?
toujours on brise l'idole
derrière se tient le temple
il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes
dans ce temps ou dans un autre
le trésor s'obtient quand on est au point mort
le monde meurt
le Nouveau se profile
son ombre terrible et amoureuse
nous éblouit encore de trop d'éclat
un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale
nous ne sommes encore capables que de gémir
alors qu'un tendre enfant nous enlace
et nous force à lâcher de vieux jouets
d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau
pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable
céder à sa caresse est goûter le Sublime
toujours on brise l'idole
derrière se tient le temple
il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes
dans ce temps ou dans un autre
le trésor s'obtient quand on est au point mort
le monde meurt
le Nouveau se profile
son ombre terrible et amoureuse
nous éblouit encore de trop d'éclat
un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale
nous ne sommes encore capables que de gémir
alors qu'un tendre enfant nous enlace
et nous force à lâcher de vieux jouets
d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau
pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable
céder à sa caresse est goûter le Sublime
11.coulées
si tu n'as rien, c'est ça
cette voix misérable
alors qu'un chant glorieux
jaillira de tes caves
ici viennent les Oeuvres
les siècles débordent
éclaboussent l'étroit portail
ceux qui se tiennent au seuil
sont reconnaissables
lions en cage
hébétude et rage
les submerge
as-tu envié parfois
l'imbécile tranquillité du tiède
comme un état normal
ou pressenti plus juste?
ce que tu regardes est l'avant, non l'après
de tièdeur il n'est pas
viendra l'égalité
possible à la croisée de l'être
encore cette fois
hisse ta destinée
hors l'étreinte des murs
que l'étau sur ta gorge
pétrisse la divine lutte
escortée de sa Mère colossale et guerrière
celle qui n'est pas nommée, la magnifique
si tu renais à la conscience
limpide des origines
toutes les directions
comme autant de flêches carmines
rassembleront pour tes yeux
la multitude
non, de tièdeur il n'est pas ici
mais un lit de douceur traversé par la foudre
cette voix misérable
alors qu'un chant glorieux
jaillira de tes caves
ici viennent les Oeuvres
les siècles débordent
éclaboussent l'étroit portail
ceux qui se tiennent au seuil
sont reconnaissables
lions en cage
hébétude et rage
les submerge
as-tu envié parfois
l'imbécile tranquillité du tiède
comme un état normal
ou pressenti plus juste?
ce que tu regardes est l'avant, non l'après
de tièdeur il n'est pas
viendra l'égalité
possible à la croisée de l'être
encore cette fois
hisse ta destinée
hors l'étreinte des murs
que l'étau sur ta gorge
pétrisse la divine lutte
escortée de sa Mère colossale et guerrière
celle qui n'est pas nommée, la magnifique
si tu renais à la conscience
limpide des origines
toutes les directions
comme autant de flêches carmines
rassembleront pour tes yeux
la multitude
non, de tièdeur il n'est pas ici
mais un lit de douceur traversé par la foudre
10.coulées
quelquefois touché par cette folie
d'une grâce douloureuse et lancinante
mais ne sachant en vérité ce qu'elle est
comme une phalène malheureuse embrasée
on offre ses ailes à la fange
chaque objet maudit est recherché dehors
avec la soif grandissante de l'Ultime
las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable
comprenant à la fois son espoir et sa chute.
c'est dans un incendie que vont finir nos rêves
familiers compagnons d'une vie périmée
et le feu maintenant les dévore et nous trouve
à la mesure de notre folie première nous brûlons
à la mesure de nos errements et de nos prières
tout ce qui précède change et dit son vrai nom
chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue
la musique se joue et tout en nous se lève
magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même
d'une grâce douloureuse et lancinante
mais ne sachant en vérité ce qu'elle est
comme une phalène malheureuse embrasée
on offre ses ailes à la fange
chaque objet maudit est recherché dehors
avec la soif grandissante de l'Ultime
las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable
comprenant à la fois son espoir et sa chute.
c'est dans un incendie que vont finir nos rêves
familiers compagnons d'une vie périmée
et le feu maintenant les dévore et nous trouve
à la mesure de notre folie première nous brûlons
à la mesure de nos errements et de nos prières
tout ce qui précède change et dit son vrai nom
chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue
la musique se joue et tout en nous se lève
magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même
9.coulées
je marche, docile, comme un trou d'ombre
je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi
prise dans mes eaux salies
lentement je délie
chaque membre
mélancolie ô broderie de mon âme!
maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit
je dessille chaque cellule dans l'eau dormante
souple pesanteur des pensées
comme de lourdes fleurs nébuleuses
comme un toxique lierre à mes tempes
exsudant, tour à tour
papillons obèses aux ailes moignons,
risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!
mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence
je marche, docile, vers ma mue
je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi
je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi
prise dans mes eaux salies
lentement je délie
chaque membre
mélancolie ô broderie de mon âme!
maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit
je dessille chaque cellule dans l'eau dormante
souple pesanteur des pensées
comme de lourdes fleurs nébuleuses
comme un toxique lierre à mes tempes
exsudant, tour à tour
papillons obèses aux ailes moignons,
risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!
mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence
je marche, docile, vers ma mue
je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi
8.coulées
empoigné d'en bas
né pour disparaitre
pourtant tu devras
Devenir
secoue tes drapeaux de misère
d'abord en silence
une émeute te frôle
saisi, à genoux
tu seras forcé de manger la terre
toi, graine germée à présent
laisse fouler ton corps
la racine prend ta chair
et s'étend loin au coeur
refonde-toi en millions
que l'immensité
paraisse enfin infime
à la Mère des mondes
né pour disparaitre
pourtant tu devras
Devenir
secoue tes drapeaux de misère
d'abord en silence
une émeute te frôle
saisi, à genoux
tu seras forcé de manger la terre
toi, graine germée à présent
laisse fouler ton corps
la racine prend ta chair
et s'étend loin au coeur
refonde-toi en millions
que l'immensité
paraisse enfin infime
à la Mère des mondes
7.coulées
revenir du fond de la douleur
comme de la tombe
règnant sur de lugubres visions
noirs filaments de cauchemar
linceul, éclipse, décorum...
les apparâts de l'agonie
toute peine est complice de ce gouffre
ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie
ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin
hûme cette herbe si suave
bois cette lune, lait du ciel
frissonne et sens la joie
de la rosée vivante
ta blessure rend son encre
regarde la sourdre, libre
par elle seule, déjà
la plaie se mire ailleurs
comme de la tombe
règnant sur de lugubres visions
noirs filaments de cauchemar
linceul, éclipse, décorum...
les apparâts de l'agonie
toute peine est complice de ce gouffre
ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie
ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin
hûme cette herbe si suave
bois cette lune, lait du ciel
frissonne et sens la joie
de la rosée vivante
ta blessure rend son encre
regarde la sourdre, libre
par elle seule, déjà
la plaie se mire ailleurs
6.coulées
il y a cet engourdissement de l'âme
nul ne sait
opaque reflux de sang épais
ça gronde et ça dort
tu prends le chemin du sommeil
quand vivre fait peur
qui apprivoise, qui détruit?
tous ils rient
angoisses acides, remontées pubescentes
dans les champs désertés du savoir
glissement de terrain
rien n'aidera car c'est ton poids seul
à contre-courant
un bloc calciné te regarde
ô l'Ultime dessine l'inattendu
déploie lentement sa présence
il est dit:
assez goûté de ces mets sans saveur
les lignes sont ici pour être brisées
nul ne sait
opaque reflux de sang épais
ça gronde et ça dort
tu prends le chemin du sommeil
quand vivre fait peur
qui apprivoise, qui détruit?
tous ils rient
angoisses acides, remontées pubescentes
dans les champs désertés du savoir
glissement de terrain
rien n'aidera car c'est ton poids seul
à contre-courant
un bloc calciné te regarde
ô l'Ultime dessine l'inattendu
déploie lentement sa présence
il est dit:
assez goûté de ces mets sans saveur
les lignes sont ici pour être brisées
5.coulées
implacable et répétitive existence
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
4.coulées
je ne suis pas celle qui glisse d'ombre en nombre
à la surface
ne me satisfait cette petitesse
cette vie sans écho
qui accepte d'échanger l'Essence
comme un voleur, sous le manteau?
au milieu d'une guerre qui opprime
verrai-je cela?
à la surface
ne me satisfait cette petitesse
cette vie sans écho
qui accepte d'échanger l'Essence
comme un voleur, sous le manteau?
au milieu d'une guerre qui opprime
verrai-je cela?
3.coulées
au début, la douleur monte comme un éternuement
passive et brève. polie en somme
puis déborde en bouquet de larmes sèches
éclats d'obus sur ta grève morne
hors champs, l'existence coûte aussi cher
ne le savais-tu pas?
rien ne reste caché bien longtemps
car c'est toi même qui débusque et saborde
la vie réclame le baiser de l'Ange
passive et brève. polie en somme
puis déborde en bouquet de larmes sèches
éclats d'obus sur ta grève morne
hors champs, l'existence coûte aussi cher
ne le savais-tu pas?
rien ne reste caché bien longtemps
car c'est toi même qui débusque et saborde
la vie réclame le baiser de l'Ange
2.coulées
autrefois, je ne savais pas
cette ardeur naissante
sûre qu'elle était prodigue en chacun
lui, ou bien un autre
s'auréolait soudain
d'une lumière exquise
qui me mettait au coeur
l'envie de cueillir toutes les bouches...
or, le mur se tenait
bien droit et bien tranquille
ramassé en ses pierres
il m'attendait
de tout son roc, voulait se faire gravir
mais bloc après bloc, son plaisir
fut d'être par moi descellé
là, je m'arrêtai, incertaine
cherchant en vain les jeux d'avant
dont la blessure m'était caresse
dont la promesse m'était le vent
contrainte d'aller au delà
la caverne était claire, et grande!
je savais nécessaire alors
de réduire en poudre savante
la légion hantée de mes sens
le roulis du vieux monde ne me berce plus
sa nourriture me paraît lourde et fade
j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues
ici n'est plus qu'une béance insondable
qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir
des roches, j'extraierai le minerai brut
qui porte en lui la secrète aventure
lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure
dormants dans un silencieux rire
cette ardeur naissante
sûre qu'elle était prodigue en chacun
lui, ou bien un autre
s'auréolait soudain
d'une lumière exquise
qui me mettait au coeur
l'envie de cueillir toutes les bouches...
or, le mur se tenait
bien droit et bien tranquille
ramassé en ses pierres
il m'attendait
de tout son roc, voulait se faire gravir
mais bloc après bloc, son plaisir
fut d'être par moi descellé
là, je m'arrêtai, incertaine
cherchant en vain les jeux d'avant
dont la blessure m'était caresse
dont la promesse m'était le vent
contrainte d'aller au delà
la caverne était claire, et grande!
je savais nécessaire alors
de réduire en poudre savante
la légion hantée de mes sens
le roulis du vieux monde ne me berce plus
sa nourriture me paraît lourde et fade
j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues
ici n'est plus qu'une béance insondable
qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir
des roches, j'extraierai le minerai brut
qui porte en lui la secrète aventure
lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure
dormants dans un silencieux rire
mardi 10 avril 2007
COULEES
(à te regarder passer, si chère, et pas assez de chair pour te tenir lieu d'âme)
1
les yeux, désastreux astres obliques
deux trous béants traversés par le monde
qui regarde?
2
au début, la douleur monte comme un éternuement
passive et brève. polie en somme
puis déborde en bouquet de larmes sèches
éclats d'obus sur ta grève morne
hors champs, l'existence coûte aussi cher
ne le savais-tu pas?
rien ne reste caché bien longtemps
car c'est toi même qui débusque et saborde
la vie réclame le baiser de l'Ange
3
je ne suis pas celle qui glisse d'ombre en nombre
à la surface
ne me satisfait cette petitesse
cette vie sans écho
qui accepte d'échanger l'Essence
comme un voleur, sous le manteau?
au milieu d'une guerre qui opprime
verrai-je cela?
4
mon coeur, cet inconscient, ce sauvage ***
saute et cogne
artifice éploré,face obscène,farce, grimace
faim hurleuse pour finir
le bonheur d'avoir l'âme fière!
(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)
mais les impulsions cannibales,les yeux pleins
rendons-leur hommage
qui nous mènent cahotants, débiles
atteints en secret d'une maladie rare et belle
et nous trouvent demain
chercheurs d'or parmi les banquiers!
5
implacable et répétitive existence
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
6
quel Amour sera jeté en mon coeur?
celui dont le nom brûlant Te lança sur terre
pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?
celui qui se penche, en un éclair ailé
pour boire les coeurs faibles?
celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?
celui qui est très peu connu mais désiré sans trève
cet amour, celui qu'on aime en rêve
et qui lui, aime en cercle infini
de l'âcre aurore aux astres mûrs
des nocturnes odes aux aubes sépulcrales
va du premier tendre souffle à la tombe
reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair
7
scapel des mots
étrangleur de silence
dérisoire alphabet,
habit verbeux du pauvre
si tu prends ombrage d'une autre guérison
c'est encore toi qui danses ?!
.........
ô dévalez, mots
serpents de mer, queues de sirènes
cobalt crayeux mêlés de sèves
dévalez...
de cette gorge, vomissez-moi
même étroit ce passage semé de cailloux
de tranchants petits diables, de condors
dévalez, dévalez sans cesse
avalez, enfantez le reste
et que la dernière goutte brille sur ma langue
de cette semence génitrice de mirages
8
il y a cet engourdissement de l'âme
nul ne sait
opaque reflux de sang épais
ça gronde et ça dort
tu prends le chemin du sommeil
quand vivre fait peur
qui apprivoise, qui détruit?
tous ils rient
angoisses acides, remontées pubescentes
dans les champs désertés du savoir
glissement de terrain
rien n'aidera car c'est ton poids seul
à contre-courant
un bloc calciné te regarde
ô l'Ultime dessine l'inattendu
déploie lentement sa présence
il est dit:
assez goûté de ces mets sans saveur
les lignes sont ici pour être brisées
9
revenir du fond de la douleur
comme de la tombe
règnant sur de lugubres visions
noirs filaments de cauchemar
linceul, éclipse, décorum...
les apparâts de l'agonie
toute peine est complice de ce gouffre
ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie
ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin
hûme cette herbe si suave
bois cette lune, lait du ciel
frissonne et sens la joie
de la rosée vivante
ta blessure rend son encre
regarde la sourdre, libre
par elle seule, déjà
la plaie se mire ailleurs
10
empoigné d'en bas
né pour disparaitre
pourtant tu devras
Devenir
secoue tes drapeaux de misère
d'abord en silence
une émeute te frôle
saisi, à genoux
tu seras forcé de manger la terre
toi, graine germée à présent
laisse fouler ton corps
la racine prend ta chair
et s'étend loin au coeur
refonde-toi en millions
que l'immensité
paraisse enfin infime
à la Mère des mondes
11
je marche, docile, comme un trou d'ombre
je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi
prise dans mes eaux salies
lentement je délie
chaque membre
mélancolie ô broderie de mon âme!
maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit
je dessille chaque cellule dans l'eau dormante
souple pesanteur des pensées
comme de lourdes fleurs nébuleuses
comme un toxique lierre à mes tempes
exsudant, tour à tour
papillons obèses aux ailes moignons,
risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!
mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence
je marche, docile, vers ma mue
je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi
12
ces mots ont-t-ils un sens?
toujours on brise l'idole
derrière se tient le temple
il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes
dans ce temps ou dans un autre
le trésor s'obtient quand on est au point mort
le monde meurt
le Nouveau se profile
son ombre terrible et amoureuse
nous éblouit encore de trop d'éclat
un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale
nous ne sommes encore capables que de gémir
alors qu'un tendre enfant nous enlace
et nous force à lâcher de vieux jouets
d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau
pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable
céder à sa caresse est goûter le Sublime
13
quelquefois touché par cette folie
d'une grâce douloureuse et lancinante
mais ne sachant en vérité ce qu'elle est
comme une phalène malheureuse embrasée
on offre ses ailes à la fange
chaque objet maudit est recherché dehors
avec la soif grandissante de l'Ultime
las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable
comprenant à la fois son espoir et sa chute.
c'est dans un rougeoiement que vont finir nos rêves
familiers compagnons d'une vie périmée
et le feu maintenant les dévore et nous trouve
à la mesure de notre folie première nous brûlons
à la mesure de nos errements et de nos prières
tout ce qui précède change et dit son vrai nom
chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue
la musique se joue et tout en nous se lève
magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même
14
si tu n'as rien, c'est ça
cette voix misérable
alors qu'un chant glorieux
jaillira de tes caves
ici viennent les Oeuvres
les siècles débordent
éclaboussent l'étroit portail
ceux qui se tiennent au seuil
sont reconnaissables
lions en cage
hébétude et rage
les submerge
as-tu envié parfois
l'imbécile tranquillité du tiède
comme un état normal
ou pressenti plus juste?
ce que tu regardes est l'avant, non l'après
de tièdeur il n'est pas
viendra l'égalité
possible à la croisée de l'être
encore cette fois
hisse ta destinée
hors l'étreinte des murs
que l'étau sur ta gorge
pétrisse la divine lutte
escortée de sa Mère colossale et guerrière
celle qui n'est pas nommée, la magnifique
si tu renais à la conscience
limpide des origines
toutes les directions
comme autant de flêches carmines
rassembleront pour tes yeux
la multitude
non, de tièdeur il n'est pas ici
mais un lit de douceur traversé par la foudre
15
du gouffre aux rameaux du ciel
tisser la transparence
dans une activité menue et silencieuse
les soies s'allongent et formulent
les chemins du secret
une géométrie pure se dessine
iridescente, articulée
la vision parfaite de la cime à l'abîme
ici se tient le centre
tiré par mille coursiers
concentré en un point
l'un et l'autre, deux mais un
comme la main et sa paume
16
errer n'est pas triste dans la pulsation du monde ***
dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!
alors où sont passées les changeantes couleurs,
les saveurs piquantes du possible?
le rire et ses humeurs somptueuses
le corps joyeux, et ses ivresses?
il est trop tôt, ne t'endors pas...
il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde
prendre vivant ce qui chavire!
la beauté, grave comme un fruit
sa splendeur périssable
son parfum qui se coule et se noie sous la chair
et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine
cet instant nu qui nous enlace, oublieux
et se délie soudain d'une grâce qui laboure
il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée
oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège
accepter enfin d'être et de vraiment sentir
en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles
la clef, vraiment, est de ne rien tenir
17
au début, je ne savais pas
cette ardeur naissante
sûre qu'elle était prodigue en chacun
lui, ou bien un autre
s'auréolait soudain
d'une lumière exquise
qui me mettait au coeur
l'envie de cueillir toutes les bouches...
or, le mur se tenait
bien droit et bien tranquille
ramassé en ses pierres
il m'attendait
de tout son roc, voulait se faire gravir
mais bloc après bloc, son plaisir
fut d'être par moi descellé
là, je m'arrêtai, incertaine
cherchant en vain les jeux d'avant
dont la blessure m'était caresse
dont la promesse m'était le vent
contrainte d'aller au delà
la caverne était claire, et grande!
je savais nécessaire alors
de réduire en poudre savante
la légion hantée de mes sens
le roulis du vieux monde ne me berce plus
sa nourriture me paraît lourde et fade
j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues
ici n'est plus qu'une béance insondable
qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir
des roches, j'extraierai le minerai brut
qui porte en lui la secrète aventure
lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure
dormants dans un silencieux rire
18
oh, mes petits dieux menus ***
vous me manquez...
candeur douce ou brasier rieur
au-dessus des maisons
vous dansez, comme des anges!
puissiez-vous toujours rester nus
comme le vin coule et fait l'ivresse
comme le sel de la terre resplendit!
avec votre air de fête légère,
creusez donc un profond sillon!
19
je suis louve dans la steppe immense
mon royaume est la lune pleine
ma famille est la liberté
chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine
un amour sauvage me lie à mes frères
mais je ne suis jalouse que de moi-même
mes petits sont enfants des étoiles
je les aime comme le givre sur l'herbe
si je tue souvent, la mort m'indiffère
dans le regard humide de la bête vaincue
remonte de la terre une flamme conquise et fière
quelque douleur ténue parfois enfle et me toise
et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus
me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel
20
hé, désirs!
petite troupe charmeuse débraillée
singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs
qu'attise une gourmandise déguisée en besoin
demandez d'autres nourritures,c'est l'heure
ou périssez demain
21
avec tous, se heurter sans cesse à soi-même ***
se meurtrir le visage sur son reflet terni
comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse
lassitude invaincue, ronde sempiternelle
maintenue si ferme et si petitement
d'une main aux doigts indécents
insolente indolence d'un piège haï mais sûr
imparable faiseur de fausses notes
tu serpentes en vagues somnambules
monstre chéri d'ennui jouisseur
sur des boulevards trop fréquentés,
un bouffon famélique couronne un roi fantoche
22
à pas comptés je m'avance
non, tu n'auras rien d'habituel
tu croiras qu'il ne t'est rien donné
aucun acte n'a plus son pareil
entre nous le grand vide à tanner comme un cuir
ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire
inspire une vision sans mélange
laisse les gestes, aucun n'est le bon
tais les mots, ils sont impuissants
verse ton corps là où la danse
caresse et déplie l'athmosphère
non ce n'est pas cruel, écoute
aucune référence ne retient l'impalpable
le silence se couve comme un oeuf
bientôt éclos
23
parfois Tu surgis comme l'odieuse escarmouche
Tu détruis et entailles et broies obstinément!
même le juste est par Toi retranché de sa source
tout est remélangé sans pudeur, grossièrement
on pourra voir enfin défiler le cortège
de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais
la Beauté altière glissant sa main de neige
dans celle de la vieille Carabosse au long nez
24
je cherche le trait d'union
le Très Haut Amour
je serai Son coeur
tu seras Ses mains
nos bras de lianes berceront les vastitudes
nous verserons les océans de demain
surgiront des astres morts les corps chatoyants
fondront sur terre en torrent les corps compassés
éloignant les filets pourrissants de la chair
je saurai te désigner hors du temps
délaissant les désirs dépolis par les sables
je saurai être ton rire ou ton armée
tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde
d'un dieu enfant jouant avec ses créatures
et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes
coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde
25
longtemps, ça, que tu portes de gré ou de force
a rythmé d'autres pas
à mon tour de te rendre,par delà les chutes
et le reste
le ciel, toujours, se mêle à ta boue
cette argile pénétrée d'or pur
charrie-la
tu joues. au grand JE de la vie
violent, d'une âcre pureté
qui va secouer les lents vaisseaux du monde?
faire plonger les comètes
ployer cette terre féconde?
ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour
chacun peut voir et en juger
tu es au coeur du commencement
presse les déments sur ton sein
trouve l'issue derrière la terreur
voyage sur la grinçante ligne électrisée
ta conscience est chargée des données d'une époque
c'est le soir rouge de l'occident
la machine est en route
elle coiffe toute la terre
il faut se servir de l'alchimie assignée
le feu cherche en se consumant
26
un rêve, faucon brassant ma nuit ***
un décor posé, une amorce fragile
moment vague, joie incertaine
ce lieu est immense,
les murs nus tracés au hasard
et moi posée là
avec d'autres, tu vas me reconnaitre
voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide
traversant de grands espaces
l'esprit soupire, l'indomptable ironise
comment croire en ce plein d'évidences?
mais voici qu'irradie un lumineux baiser
je suis ta vestale, flamme-enfant!
derrière l'énigme d'un sourire de chat
des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent
reculons un peu, laissons pour voir
mais beaucoup plus tard il faudra
dans un temps aux noirs entrelacs
où perce, poignante, la première clarté diurne
que nous apprenions à regarder
vers la belle échappée fugace des vies
un échange attentif, main de feu
soulèvera en nous l'extase lente
de ce qui a toujours été voilé mais su
quand il sera l'heure
je baiserai d'abord
tes pieds nus, leur tiède innocence
puis goûterai chaque parcelle de toi déployée
continents emplis de silences
et tes paupières qui brident les poèmes sauvages
saccagés en-dedans
doucement éclose par ma bouche liquide
verrai fleurir ta forme, écorcée...
entre mes paumes la vie s'écoule
de toi, sur mon or incliné
enfin, quand les années
déferont nos corps de leurs os
nos mains, comme des touts-petits
repliées en bourgeons sur nos peaux
baigneront leurs ailes endormies
dans l'engloutissement
du transitoire esquif
27
je sais ce qui cours sur toi
je sais bien de quoi cela se nourrit
les charognars mangent le coeur primitif
celui-là même qui voile la pierre
ils ne s'attardent pas près de celui
qui se drape dans une pensée seyante
qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu
et s'y étrangle
celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice
non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu
sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale
elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà
sois attentif à ceux qui te croient faible
le lien tendre se noue loin des convoitises
28
mon Amour est venu me chercher
Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même
je ne le voyais pas
depuis longtemps Il portait tous mes gestes
acquiesçait à toute pensée
dans mon élan se brisait sur l'erreur
et avec moi se redressait
quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine
et quand je le trainais comme un poids inutile
vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise
un jour, dans les actes dormants
et les vains bavardages de ma pensée sans air
j'entendis l'appel déchiré de mon âme
tel un oiseau chutant, par-delà
j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide
aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors
j'ai consenti, écrasée, consentante
là, enfin j'ai vu mon Amour terrible
mon Amour m'avait entière dans ses bras
quelque chose a tremblé un instant
révélant tout un pan des mondes
d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom
une absolue négation cédant la place soudain
à l'ivresse d'un jeu incroyable
29
face à moi est cet autre agissant dans un homme
qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue
ici, c'est la peau qui rampe sous la chair
la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles
une récolte amère et forte brisera, comme pour lui
nos dernières trébuchantes paroles
il offre à nos blasphèmes sa transparence
un écran sacrifié pour un destin qui écume
les noirs desseins ont des ombres basaltiques
et de brutales volées de jour clair
le fiel et le soufre se font porteurs
d'une alchimie tourmentée mais heureuse
un or lourd se martèle dans la forge des dieux
épuisant les secrets de sa naissance
et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent
les âges aux mille plaies martyres
il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit
le nectar de la vie éprouvée et réelle
pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable
un autre me regarde qui se tient devant lui
30
c'est la capture qui t'importe, chère âme ***
sentir ton souffle inventer mes contours
vouloir que je sois tienne, confondre je et tu
le cavalier devient la monture infidèle
au crépuscule ils essayent le ciel
regarde en face ces beautés
soumets-toi
ces outrances sont le fait d'une juste balance
afin que nos yeux sans pupilles se délestent
des fragments réunis des amants désunis
pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus
quel serait le sens autrement des éclats qui nous blessent?
31
l'amour est vertical ***
le désir est parfois glacé comme une lame
le plaisir se verse grenat dans les coupes
ou tournoie en éclaboussures génitales
l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait
l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes
les voyageurs choisissent leur destination
32
ton aube se vide sur la terre rouge ***
l'amour est une chute brutale
l'amour est un dernier souffle
33
je sens souvent l'insistant murmure du voyant
je n'échappe pas alors à sa parole noyée
un mot se forme dans la glaise
un seul mot me nourrit comme un chant
ce sont des pluies si pures
des averses soudaines
des éclaircies et des splendeurs à pleurer
un ravissement d'être et de comprendre
un ravissement abyssal d'être née
34
j'ai deviné le meilleur
j'ai convié l'idée à naître
j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair
j'ai goûté la volupté du réel
n'existe que le présent
fil tangible et tremblant
être rassemblé en soi-même est un bombardement
c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages
existent dans d'inconfortables détours
il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins
connaître est la fin de tant de choses!
35
donne tes joues estampées ***
donne ta main qui broie et berce
donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu
ta misère laconique flattant ton courage
les lacis enfièvrés de tes rêves battus
les îlots verglacés d'un entre-deux mondes
donne ta puissance brisée comme une arête
contre de périlleux écueils érectils
le pathos tranquille et choyé d'un mal ami
la douleur énervante et sucrée du mélange
donne encore à voir tes contrées mal visitées
tes palais sublimes qui prennent l'eau
tes trésors croupissants stupidement oubliés
ton feu vif et ultime qu'on emmure
donne-moi ta parole vraie
j'ai peine à croire à ces miroitements
d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?
ici j'ai peur et je n'ose
36
je m'abreuve au baiser de ta bouche
ma vie arquée sur ton seul regard
nourriture-miroir riche et limpide et bleue
flêche au trait puissant mais hagard
car je ne sais où tu me touches
luxuriantes forêts bordées de ronces
orées palpitantes
profondeurs dorées
chaudes comme le pain beurré et le miel
et l'eau si fraîche
sous tes reins
je m'abreuve et c'est magnifique
je m'abreuve et je bois à la louche
en d'immenses enjambées
les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi
parcourent ton jardin
et dansent
là où je peux étreindre, j'étreins
par milliers, ces brassées de ton rire sauvage
et ces fruits d'un rouge insolent
rappellent la douceur acide
de la liberté
et son prix
sois toujours plus vaste
que le vaste monde
dans mon baiser de géante
je m'abreuve à ta source
embrase mon âme étanchée à ton souffle
qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?
37
Beauté
pourrais-je encore
au coeur du désastre
me réjouir de ta présence de fête?
aller plus loin que l'orgie sidérale
d'un siècle sidéré
que l'onde de choc dévastatrice
aux orifices virtuels
ce qui se lève ici n'est pas né de là
peut-on peler les pensées comme des adhérences?
s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?
mouvement, énergie et mesure brisée
sont la grande musique de la beauté
venus interlope
muse mutante
dont l'évidence n'est éprouve que dans sa distortion
qui osera faire place au monstre-papillon?
diva de feu et de glace
qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?
38
beaucoup la servent ***
d'autres la sauvent
restent très couverts
pour éviter les revers
il y a les uns et puis les autres
la peau a ses caprices
et se donne mal pour ne pas se perdre
pourtant y sommeillent
des ressacs de joyaux sous la chair
et des voies pour le ciel de haute lumière
dans la dégringolade
il y a les uns et puis les autres
sertis tout vifs dans leur écrin
élégants dans leur chair de poule
ou bien
vouloir, pouvoir passer la main
calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse
et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite
et puis faut-il
plonger le fer chauffé à blanc
dans ce lait profond de la vie qui palpite?
quoi de plus ingénu qu'un ventre?
c'est presque fait pour la lame
la candeur questionne la violence
cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?
et l'on chuchote au grand rêveur
garde-toi, garde ton front pâle
hélas, du lourd tribut
chaque pièce trouble l'ensemble
chacune isolément impudique et confiante
se livre comme un tout aux abus émouvants
et poursuit seule une satiété de chimère
le piège parfois brisé
nous saurons peut-être parer nos blessures
d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants
trouée vaste vers les miracles forés de l'autre
souvent aussi
foire pathétique où tout se brade
tant de baisers laissés aux quatre vents!
encore, voici les corps fardés de nuit
voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent
les eaux font lac dans nos sacs ravinés
et nous donnent en pâture à la peau des autres
39
consommer ton dieu ***
se répandre en moi
douceur en mouvement
quelle page de ton livre?
charge tendre à mourir
enfonce-toi profondément
dans mon lit
effeuillée et seule
je tresse pour toi
des guirlandes d'anémones de mer
forcée de m'entourer de mots
comme d'autant de bouées
parée pour mon sauvetage
le rivage fugitif est brumeux
peu accueillante cette terre vue de l'eau
seule, dériver vers une île
40
elle est dure ta surface fumeuse d'asphalte noire ***
elle est loin ta chevelure
ton souffle autonome de blé ondulatoire
et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix
ton oeil penché est fendu comme une broche obscène
ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...
elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive
elle érode mes recoins depuis longtemps
tu vas encore,
le crâne démangé de mauvais sommeil
rosir ma peau de songes acides et moites
une fleur immobile est figée dans l'alcool
on dirait la vie qui reste
41
le mental assiégé ***
de lourds rébus s'affaissent
qui veut s'ériger ne tient pas
en circonvolutions de plâtre
coeur fragile et parole aboyée
la flêche cousue à l'arc
la main s'agitant dans les tripes
le masque besogneux entré dans les chairs
les ongles un à un retournés
sarabande épileptique
bleu nuit et vert et pourpre et noir
nuées et troupeaux s'engouffrent
et recrachent l'enfer quotidien
accroupi dans ses restes
l'être continu de se vomir
en marmottant des inepties cosmiques
et des poncifs pour mettre une norme
une boîte pour ranger le pire
une passoire pour égoutter son poison
une queue de serpent pour se souvenir de son rang
à mi-chemin entre Dieu et les hommes
animal monstueux venu de rien
incapable d'aimer ou de servir le monde
incapable même d'assouvir ses besoins
42
sur le manège, je chevauche, ravie ***
le petit cheval vermeil
il galope joyeusement, habillé de lampions
soudain, je reconnais
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
sur le manège, je chevauche, dégrisée
le petit cheval de pacotille
c'était un parcours sans faute
un joli voyage balisé
ici une maison, ici un arbre, ici un chemin
je tourne sur mon territoire minuscule, indéfiniment
j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir
j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre
et reprendre la route
43
bravement assise sur mon néon intermittent***
j'ai l'étendue indisciplinée devant moi
des visites m'assomment avec leurs visiteurs
de l'ampoule indécise je distingue
les alanguis vont et viennent
ils entrainent
des éclats de moi
prennent sans remise
et laissent pourrir
le précieux
alors pour moi-même
je cueille et je pêle
le fruit intime né dans la poussière
injectant la lumière au noir profond
au noir profond
enchassant des étoiles filantes
44
je ne veux plus rester dans la baignoire ***
à fixer longtemps le dessin
dans l'eau refroidie
le dessin a un sens maudit et lourd
le dessin a la forme informe de rien
les reliefs d'un corps dans un bain refroidit
45
sur nos routes tremblantes
nous naissons et laissons tout
nous avons, en outre
à plonger droit en lieu et date
au rendez-vous
nocturnes noces à coeur ouvert
nattes bien serrées
comme phalanges blanchies
comme ornées d'hématomes
nattes tressées au nombre d'or
des équations de l'âme
quel grand amour est couronné
de ces liens pesamment noués?
grand amour par lequel nous sommes tout
derrière ou par devant les ères
obstruant les murs de sang noir
derrière les tripes nauséabondes
la belle énigme!
par mille rubans filants
parmi les délicates ombres fuyantes
nous sommes là
fous solidaires si à l'heure dite
fous chasseurs d'ombres
quelle terrible percée, ombre pieuvre!
fièvre ruante de l'amant repoussé
fiévreuse attente vivant de corps défaits
comme oreillers de plumes creuvés
quelle terrible attente, quelle portée!
onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes
ah, vague soumise de tant d'onde naviguable
de combien d'océans jaillissent combien de vagues?
46
plaie ouverte, deviens close
dit la bouche en sa digue ourlée
j'ai une blancheur poudrée de nacre
et silencieuse à traverser
oracle, oral sans auditoire
prends pitié
tant j'essaie de me salir de mes fulgurances
je dois encore me nourrir de limon
et me couvrir de ce pollen qui se pose
en efflorescence
j'ai une pulsion native
qui creuse mon vouloir
qui me mutile pour d'autres ailes
et révèle mon vrai contenant
j'ai fais fortune, c'est évident
si il est dit qu'une amante sans amant
décroche aisément la lune
même empêtrée dans la doublure de son ombre
seule pour apprendre à contenir l'admirable
engendrant seule ce qui s'engendre
ainsi changeant pour une enveloppe flexible
et une géographie renversée
pour aller plus loin sans fatigue
j'ai cherché un lieu autrefois
mais c'était en terre étrangère
je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre
à la frontière des mondes tournoie un feu autonome
tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise
ne fais pas de remous, tais ta rive
que j'écoute
la simple mesure qui subjugue
dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète
c'est cette épée qui lamine mes fantômes
et restitue leur poids aux choses
47
ne plus se remplir au hasard
ni se nourrir du commerce des âmes
éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir
être, même tard, dans son jaillissement
48
tu m'évoques ***
le temps et ses réserves ordonnées
l'orchestration inconsciente du choix
une retenue sans fard et bien menée
tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât
j'avoue qu'il n'y a rien à inventer
49
bois la tasse
prends un peu de torrent dans ton souffle
c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence
tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques
ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur
c'est le désert, c'est tout, et son unicité
il ne peut pas te sourire, il est mort
n'entretiens pas de connivence avec la fin
son hospitalité est trompeuse
c'est que rien ne peut te contredire
ensevelie dans cette faille hors du temps
mais l'eau vive insuffle la nage au paralytique
et l'anesthésie perd son privilège
sortie d'un cocon mental au tissage serré
l'alerte est un signal réjouissant
ta peau rétractée veut sentir
ta menbrure d'insecte gauche se détend
loin de l'ennui, et loin du sable triste
où rien ne savait s'opposer au néant
50
dans cette ville
je presse la boue d'un fleuve
qui ne rend pas de vin
j'entailles des troncs et des artères
qui ne donnent pas de lait
je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici
en courant dans la nuit sur un son amplifié
je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges
ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!
mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre
j'ai rendu déjà mon âme à Paris
51
une palette de rouge
c'est ce que je retiens
est-ce confondant, l'échange juste?
lèvres rouges à baiser sans fin
bouche phosphorescente
extrêmement jolie
ton corps intelligent est si malheureux
remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!
ravaudons le, ce corps crépusculaire
constellé de traumatismes microscopiques
je sais que tu préfères à la suture
les grimaces de tes plaies ridicules
52
c'est parce qu'ici tu sais
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
53
vie lactifère
canal généreux, hermétique mystère
je m'agrippe à ta mamelle
loin du temps conjugué et des jours chiffrables
ce serait normal que tu m'embrasses à rebours
où vont tes richesses?
défais-moi de mes humeurs labiles
avec des nourritures denses et curatives
tires- moi d'un sommeil où je te défigure
(à te regarder passer, si chère, et pas assez de chair pour te tenir lieu d'âme)
1
les yeux, désastreux astres obliques
deux trous béants traversés par le monde
qui regarde?
2
au début, la douleur monte comme un éternuement
passive et brève. polie en somme
puis déborde en bouquet de larmes sèches
éclats d'obus sur ta grève morne
hors champs, l'existence coûte aussi cher
ne le savais-tu pas?
rien ne reste caché bien longtemps
car c'est toi même qui débusque et saborde
la vie réclame le baiser de l'Ange
3
je ne suis pas celle qui glisse d'ombre en nombre
à la surface
ne me satisfait cette petitesse
cette vie sans écho
qui accepte d'échanger l'Essence
comme un voleur, sous le manteau?
au milieu d'une guerre qui opprime
verrai-je cela?
4
mon coeur, cet inconscient, ce sauvage ***
saute et cogne
artifice éploré,face obscène,farce, grimace
faim hurleuse pour finir
le bonheur d'avoir l'âme fière!
(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)
mais les impulsions cannibales,les yeux pleins
rendons-leur hommage
qui nous mènent cahotants, débiles
atteints en secret d'une maladie rare et belle
et nous trouvent demain
chercheurs d'or parmi les banquiers!
5
implacable et répétitive existence
je cherche la minute dantesque et souriante
on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même
carton resté vide d'un déménagement sans fin
inutile mais brûlant sans doute en silence
qu'on veuille bien le remplir enfin
à la dernière minute.
des doutes mal dégrossis
des grisailles, pêle-mêle
et autres joies fugaces
s'y entassent
quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile
de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu
vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague
pour lesquelles sûrement on était venu
dans un autre royaume,
jetés à Tes pieds, suppliants,
on avait promis d'être bien vivants
pour cette fois
6
quel Amour sera jeté en mon coeur?
celui dont le nom brûlant Te lança sur terre
pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?
celui qui se penche, en un éclair ailé
pour boire les coeurs faibles?
celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?
celui qui est très peu connu mais désiré sans trève
cet amour, celui qu'on aime en rêve
et qui lui, aime en cercle infini
de l'âcre aurore aux astres mûrs
des nocturnes odes aux aubes sépulcrales
va du premier tendre souffle à la tombe
reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair
7
scapel des mots
étrangleur de silence
dérisoire alphabet,
habit verbeux du pauvre
si tu prends ombrage d'une autre guérison
c'est encore toi qui danses ?!
.........
ô dévalez, mots
serpents de mer, queues de sirènes
cobalt crayeux mêlés de sèves
dévalez...
de cette gorge, vomissez-moi
même étroit ce passage semé de cailloux
de tranchants petits diables, de condors
dévalez, dévalez sans cesse
avalez, enfantez le reste
et que la dernière goutte brille sur ma langue
de cette semence génitrice de mirages
8
il y a cet engourdissement de l'âme
nul ne sait
opaque reflux de sang épais
ça gronde et ça dort
tu prends le chemin du sommeil
quand vivre fait peur
qui apprivoise, qui détruit?
tous ils rient
angoisses acides, remontées pubescentes
dans les champs désertés du savoir
glissement de terrain
rien n'aidera car c'est ton poids seul
à contre-courant
un bloc calciné te regarde
ô l'Ultime dessine l'inattendu
déploie lentement sa présence
il est dit:
assez goûté de ces mets sans saveur
les lignes sont ici pour être brisées
9
revenir du fond de la douleur
comme de la tombe
règnant sur de lugubres visions
noirs filaments de cauchemar
linceul, éclipse, décorum...
les apparâts de l'agonie
toute peine est complice de ce gouffre
ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie
ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin
hûme cette herbe si suave
bois cette lune, lait du ciel
frissonne et sens la joie
de la rosée vivante
ta blessure rend son encre
regarde la sourdre, libre
par elle seule, déjà
la plaie se mire ailleurs
10
empoigné d'en bas
né pour disparaitre
pourtant tu devras
Devenir
secoue tes drapeaux de misère
d'abord en silence
une émeute te frôle
saisi, à genoux
tu seras forcé de manger la terre
toi, graine germée à présent
laisse fouler ton corps
la racine prend ta chair
et s'étend loin au coeur
refonde-toi en millions
que l'immensité
paraisse enfin infime
à la Mère des mondes
11
je marche, docile, comme un trou d'ombre
je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi
prise dans mes eaux salies
lentement je délie
chaque membre
mélancolie ô broderie de mon âme!
maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit
je dessille chaque cellule dans l'eau dormante
souple pesanteur des pensées
comme de lourdes fleurs nébuleuses
comme un toxique lierre à mes tempes
exsudant, tour à tour
papillons obèses aux ailes moignons,
risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!
mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence
je marche, docile, vers ma mue
je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi
12
ces mots ont-t-ils un sens?
toujours on brise l'idole
derrière se tient le temple
il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes
dans ce temps ou dans un autre
le trésor s'obtient quand on est au point mort
le monde meurt
le Nouveau se profile
son ombre terrible et amoureuse
nous éblouit encore de trop d'éclat
un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale
nous ne sommes encore capables que de gémir
alors qu'un tendre enfant nous enlace
et nous force à lâcher de vieux jouets
d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau
pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable
céder à sa caresse est goûter le Sublime
13
quelquefois touché par cette folie
d'une grâce douloureuse et lancinante
mais ne sachant en vérité ce qu'elle est
comme une phalène malheureuse embrasée
on offre ses ailes à la fange
chaque objet maudit est recherché dehors
avec la soif grandissante de l'Ultime
las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable
comprenant à la fois son espoir et sa chute.
c'est dans un rougeoiement que vont finir nos rêves
familiers compagnons d'une vie périmée
et le feu maintenant les dévore et nous trouve
à la mesure de notre folie première nous brûlons
à la mesure de nos errements et de nos prières
tout ce qui précède change et dit son vrai nom
chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue
la musique se joue et tout en nous se lève
magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même
14
si tu n'as rien, c'est ça
cette voix misérable
alors qu'un chant glorieux
jaillira de tes caves
ici viennent les Oeuvres
les siècles débordent
éclaboussent l'étroit portail
ceux qui se tiennent au seuil
sont reconnaissables
lions en cage
hébétude et rage
les submerge
as-tu envié parfois
l'imbécile tranquillité du tiède
comme un état normal
ou pressenti plus juste?
ce que tu regardes est l'avant, non l'après
de tièdeur il n'est pas
viendra l'égalité
possible à la croisée de l'être
encore cette fois
hisse ta destinée
hors l'étreinte des murs
que l'étau sur ta gorge
pétrisse la divine lutte
escortée de sa Mère colossale et guerrière
celle qui n'est pas nommée, la magnifique
si tu renais à la conscience
limpide des origines
toutes les directions
comme autant de flêches carmines
rassembleront pour tes yeux
la multitude
non, de tièdeur il n'est pas ici
mais un lit de douceur traversé par la foudre
15
du gouffre aux rameaux du ciel
tisser la transparence
dans une activité menue et silencieuse
les soies s'allongent et formulent
les chemins du secret
une géométrie pure se dessine
iridescente, articulée
la vision parfaite de la cime à l'abîme
ici se tient le centre
tiré par mille coursiers
concentré en un point
l'un et l'autre, deux mais un
comme la main et sa paume
16
errer n'est pas triste dans la pulsation du monde ***
dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!
alors où sont passées les changeantes couleurs,
les saveurs piquantes du possible?
le rire et ses humeurs somptueuses
le corps joyeux, et ses ivresses?
il est trop tôt, ne t'endors pas...
il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde
prendre vivant ce qui chavire!
la beauté, grave comme un fruit
sa splendeur périssable
son parfum qui se coule et se noie sous la chair
et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine
cet instant nu qui nous enlace, oublieux
et se délie soudain d'une grâce qui laboure
il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée
oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège
accepter enfin d'être et de vraiment sentir
en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles
la clef, vraiment, est de ne rien tenir
17
au début, je ne savais pas
cette ardeur naissante
sûre qu'elle était prodigue en chacun
lui, ou bien un autre
s'auréolait soudain
d'une lumière exquise
qui me mettait au coeur
l'envie de cueillir toutes les bouches...
or, le mur se tenait
bien droit et bien tranquille
ramassé en ses pierres
il m'attendait
de tout son roc, voulait se faire gravir
mais bloc après bloc, son plaisir
fut d'être par moi descellé
là, je m'arrêtai, incertaine
cherchant en vain les jeux d'avant
dont la blessure m'était caresse
dont la promesse m'était le vent
contrainte d'aller au delà
la caverne était claire, et grande!
je savais nécessaire alors
de réduire en poudre savante
la légion hantée de mes sens
le roulis du vieux monde ne me berce plus
sa nourriture me paraît lourde et fade
j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues
ici n'est plus qu'une béance insondable
qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir
des roches, j'extraierai le minerai brut
qui porte en lui la secrète aventure
lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure
dormants dans un silencieux rire
18
oh, mes petits dieux menus ***
vous me manquez...
candeur douce ou brasier rieur
au-dessus des maisons
vous dansez, comme des anges!
puissiez-vous toujours rester nus
comme le vin coule et fait l'ivresse
comme le sel de la terre resplendit!
avec votre air de fête légère,
creusez donc un profond sillon!
19
je suis louve dans la steppe immense
mon royaume est la lune pleine
ma famille est la liberté
chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine
un amour sauvage me lie à mes frères
mais je ne suis jalouse que de moi-même
mes petits sont enfants des étoiles
je les aime comme le givre sur l'herbe
si je tue souvent, la mort m'indiffère
dans le regard humide de la bête vaincue
remonte de la terre une flamme conquise et fière
quelque douleur ténue parfois enfle et me toise
et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus
me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel
20
hé, désirs!
petite troupe charmeuse débraillée
singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs
qu'attise une gourmandise déguisée en besoin
demandez d'autres nourritures,c'est l'heure
ou périssez demain
21
avec tous, se heurter sans cesse à soi-même ***
se meurtrir le visage sur son reflet terni
comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse
lassitude invaincue, ronde sempiternelle
maintenue si ferme et si petitement
d'une main aux doigts indécents
insolente indolence d'un piège haï mais sûr
imparable faiseur de fausses notes
tu serpentes en vagues somnambules
monstre chéri d'ennui jouisseur
sur des boulevards trop fréquentés,
un bouffon famélique couronne un roi fantoche
22
à pas comptés je m'avance
non, tu n'auras rien d'habituel
tu croiras qu'il ne t'est rien donné
aucun acte n'a plus son pareil
entre nous le grand vide à tanner comme un cuir
ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire
inspire une vision sans mélange
laisse les gestes, aucun n'est le bon
tais les mots, ils sont impuissants
verse ton corps là où la danse
caresse et déplie l'athmosphère
non ce n'est pas cruel, écoute
aucune référence ne retient l'impalpable
le silence se couve comme un oeuf
bientôt éclos
23
parfois Tu surgis comme l'odieuse escarmouche
Tu détruis et entailles et broies obstinément!
même le juste est par Toi retranché de sa source
tout est remélangé sans pudeur, grossièrement
on pourra voir enfin défiler le cortège
de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais
la Beauté altière glissant sa main de neige
dans celle de la vieille Carabosse au long nez
24
je cherche le trait d'union
le Très Haut Amour
je serai Son coeur
tu seras Ses mains
nos bras de lianes berceront les vastitudes
nous verserons les océans de demain
surgiront des astres morts les corps chatoyants
fondront sur terre en torrent les corps compassés
éloignant les filets pourrissants de la chair
je saurai te désigner hors du temps
délaissant les désirs dépolis par les sables
je saurai être ton rire ou ton armée
tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde
d'un dieu enfant jouant avec ses créatures
et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes
coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde
25
longtemps, ça, que tu portes de gré ou de force
a rythmé d'autres pas
à mon tour de te rendre,par delà les chutes
et le reste
le ciel, toujours, se mêle à ta boue
cette argile pénétrée d'or pur
charrie-la
tu joues. au grand JE de la vie
violent, d'une âcre pureté
qui va secouer les lents vaisseaux du monde?
faire plonger les comètes
ployer cette terre féconde?
ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour
chacun peut voir et en juger
tu es au coeur du commencement
presse les déments sur ton sein
trouve l'issue derrière la terreur
voyage sur la grinçante ligne électrisée
ta conscience est chargée des données d'une époque
c'est le soir rouge de l'occident
la machine est en route
elle coiffe toute la terre
il faut se servir de l'alchimie assignée
le feu cherche en se consumant
26
un rêve, faucon brassant ma nuit ***
un décor posé, une amorce fragile
moment vague, joie incertaine
ce lieu est immense,
les murs nus tracés au hasard
et moi posée là
avec d'autres, tu vas me reconnaitre
voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide
traversant de grands espaces
l'esprit soupire, l'indomptable ironise
comment croire en ce plein d'évidences?
mais voici qu'irradie un lumineux baiser
je suis ta vestale, flamme-enfant!
derrière l'énigme d'un sourire de chat
des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent
reculons un peu, laissons pour voir
mais beaucoup plus tard il faudra
dans un temps aux noirs entrelacs
où perce, poignante, la première clarté diurne
que nous apprenions à regarder
vers la belle échappée fugace des vies
un échange attentif, main de feu
soulèvera en nous l'extase lente
de ce qui a toujours été voilé mais su
quand il sera l'heure
je baiserai d'abord
tes pieds nus, leur tiède innocence
puis goûterai chaque parcelle de toi déployée
continents emplis de silences
et tes paupières qui brident les poèmes sauvages
saccagés en-dedans
doucement éclose par ma bouche liquide
verrai fleurir ta forme, écorcée...
entre mes paumes la vie s'écoule
de toi, sur mon or incliné
enfin, quand les années
déferont nos corps de leurs os
nos mains, comme des touts-petits
repliées en bourgeons sur nos peaux
baigneront leurs ailes endormies
dans l'engloutissement
du transitoire esquif
27
je sais ce qui cours sur toi
je sais bien de quoi cela se nourrit
les charognars mangent le coeur primitif
celui-là même qui voile la pierre
ils ne s'attardent pas près de celui
qui se drape dans une pensée seyante
qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu
et s'y étrangle
celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice
non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu
sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale
elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà
sois attentif à ceux qui te croient faible
le lien tendre se noue loin des convoitises
28
mon Amour est venu me chercher
Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même
je ne le voyais pas
depuis longtemps Il portait tous mes gestes
acquiesçait à toute pensée
dans mon élan se brisait sur l'erreur
et avec moi se redressait
quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine
et quand je le trainais comme un poids inutile
vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise
un jour, dans les actes dormants
et les vains bavardages de ma pensée sans air
j'entendis l'appel déchiré de mon âme
tel un oiseau chutant, par-delà
j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide
aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors
j'ai consenti, écrasée, consentante
là, enfin j'ai vu mon Amour terrible
mon Amour m'avait entière dans ses bras
quelque chose a tremblé un instant
révélant tout un pan des mondes
d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom
une absolue négation cédant la place soudain
à l'ivresse d'un jeu incroyable
29
face à moi est cet autre agissant dans un homme
qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue
ici, c'est la peau qui rampe sous la chair
la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles
une récolte amère et forte brisera, comme pour lui
nos dernières trébuchantes paroles
il offre à nos blasphèmes sa transparence
un écran sacrifié pour un destin qui écume
les noirs desseins ont des ombres basaltiques
et de brutales volées de jour clair
le fiel et le soufre se font porteurs
d'une alchimie tourmentée mais heureuse
un or lourd se martèle dans la forge des dieux
épuisant les secrets de sa naissance
et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent
les âges aux mille plaies martyres
il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit
le nectar de la vie éprouvée et réelle
pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable
un autre me regarde qui se tient devant lui
30
c'est la capture qui t'importe, chère âme ***
sentir ton souffle inventer mes contours
vouloir que je sois tienne, confondre je et tu
le cavalier devient la monture infidèle
au crépuscule ils essayent le ciel
regarde en face ces beautés
soumets-toi
ces outrances sont le fait d'une juste balance
afin que nos yeux sans pupilles se délestent
des fragments réunis des amants désunis
pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus
quel serait le sens autrement des éclats qui nous blessent?
31
l'amour est vertical ***
le désir est parfois glacé comme une lame
le plaisir se verse grenat dans les coupes
ou tournoie en éclaboussures génitales
l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait
l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes
les voyageurs choisissent leur destination
32
ton aube se vide sur la terre rouge ***
l'amour est une chute brutale
l'amour est un dernier souffle
33
je sens souvent l'insistant murmure du voyant
je n'échappe pas alors à sa parole noyée
un mot se forme dans la glaise
un seul mot me nourrit comme un chant
ce sont des pluies si pures
des averses soudaines
des éclaircies et des splendeurs à pleurer
un ravissement d'être et de comprendre
un ravissement abyssal d'être née
34
j'ai deviné le meilleur
j'ai convié l'idée à naître
j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair
j'ai goûté la volupté du réel
n'existe que le présent
fil tangible et tremblant
être rassemblé en soi-même est un bombardement
c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages
existent dans d'inconfortables détours
il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins
connaître est la fin de tant de choses!
35
donne tes joues estampées ***
donne ta main qui broie et berce
donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu
ta misère laconique flattant ton courage
les lacis enfièvrés de tes rêves battus
les îlots verglacés d'un entre-deux mondes
donne ta puissance brisée comme une arête
contre de périlleux écueils érectils
le pathos tranquille et choyé d'un mal ami
la douleur énervante et sucrée du mélange
donne encore à voir tes contrées mal visitées
tes palais sublimes qui prennent l'eau
tes trésors croupissants stupidement oubliés
ton feu vif et ultime qu'on emmure
donne-moi ta parole vraie
j'ai peine à croire à ces miroitements
d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?
ici j'ai peur et je n'ose
36
je m'abreuve au baiser de ta bouche
ma vie arquée sur ton seul regard
nourriture-miroir riche et limpide et bleue
flêche au trait puissant mais hagard
car je ne sais où tu me touches
luxuriantes forêts bordées de ronces
orées palpitantes
profondeurs dorées
chaudes comme le pain beurré et le miel
et l'eau si fraîche
sous tes reins
je m'abreuve et c'est magnifique
je m'abreuve et je bois à la louche
en d'immenses enjambées
les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi
parcourent ton jardin
et dansent
là où je peux étreindre, j'étreins
par milliers, ces brassées de ton rire sauvage
et ces fruits d'un rouge insolent
rappellent la douceur acide
de la liberté
et son prix
sois toujours plus vaste
que le vaste monde
dans mon baiser de géante
je m'abreuve à ta source
embrase mon âme étanchée à ton souffle
qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?
37
Beauté
pourrais-je encore
au coeur du désastre
me réjouir de ta présence de fête?
aller plus loin que l'orgie sidérale
d'un siècle sidéré
que l'onde de choc dévastatrice
aux orifices virtuels
ce qui se lève ici n'est pas né de là
peut-on peler les pensées comme des adhérences?
s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?
mouvement, énergie et mesure brisée
sont la grande musique de la beauté
venus interlope
muse mutante
dont l'évidence n'est éprouve que dans sa distortion
qui osera faire place au monstre-papillon?
diva de feu et de glace
qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?
38
beaucoup la servent ***
d'autres la sauvent
restent très couverts
pour éviter les revers
il y a les uns et puis les autres
la peau a ses caprices
et se donne mal pour ne pas se perdre
pourtant y sommeillent
des ressacs de joyaux sous la chair
et des voies pour le ciel de haute lumière
dans la dégringolade
il y a les uns et puis les autres
sertis tout vifs dans leur écrin
élégants dans leur chair de poule
ou bien
vouloir, pouvoir passer la main
calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse
et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite
et puis faut-il
plonger le fer chauffé à blanc
dans ce lait profond de la vie qui palpite?
quoi de plus ingénu qu'un ventre?
c'est presque fait pour la lame
la candeur questionne la violence
cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?
et l'on chuchote au grand rêveur
garde-toi, garde ton front pâle
hélas, du lourd tribut
chaque pièce trouble l'ensemble
chacune isolément impudique et confiante
se livre comme un tout aux abus émouvants
et poursuit seule une satiété de chimère
le piège parfois brisé
nous saurons peut-être parer nos blessures
d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants
trouée vaste vers les miracles forés de l'autre
souvent aussi
foire pathétique où tout se brade
tant de baisers laissés aux quatre vents!
encore, voici les corps fardés de nuit
voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent
les eaux font lac dans nos sacs ravinés
et nous donnent en pâture à la peau des autres
39
consommer ton dieu ***
se répandre en moi
douceur en mouvement
quelle page de ton livre?
charge tendre à mourir
enfonce-toi profondément
dans mon lit
effeuillée et seule
je tresse pour toi
des guirlandes d'anémones de mer
forcée de m'entourer de mots
comme d'autant de bouées
parée pour mon sauvetage
le rivage fugitif est brumeux
peu accueillante cette terre vue de l'eau
seule, dériver vers une île
40
elle est dure ta surface fumeuse d'asphalte noire ***
elle est loin ta chevelure
ton souffle autonome de blé ondulatoire
et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix
ton oeil penché est fendu comme une broche obscène
ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...
elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive
elle érode mes recoins depuis longtemps
tu vas encore,
le crâne démangé de mauvais sommeil
rosir ma peau de songes acides et moites
une fleur immobile est figée dans l'alcool
on dirait la vie qui reste
41
le mental assiégé ***
de lourds rébus s'affaissent
qui veut s'ériger ne tient pas
en circonvolutions de plâtre
coeur fragile et parole aboyée
la flêche cousue à l'arc
la main s'agitant dans les tripes
le masque besogneux entré dans les chairs
les ongles un à un retournés
sarabande épileptique
bleu nuit et vert et pourpre et noir
nuées et troupeaux s'engouffrent
et recrachent l'enfer quotidien
accroupi dans ses restes
l'être continu de se vomir
en marmottant des inepties cosmiques
et des poncifs pour mettre une norme
une boîte pour ranger le pire
une passoire pour égoutter son poison
une queue de serpent pour se souvenir de son rang
à mi-chemin entre Dieu et les hommes
animal monstueux venu de rien
incapable d'aimer ou de servir le monde
incapable même d'assouvir ses besoins
42
sur le manège, je chevauche, ravie ***
le petit cheval vermeil
il galope joyeusement, habillé de lampions
soudain, je reconnais
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin
sur le manège, je chevauche, dégrisée
le petit cheval de pacotille
c'était un parcours sans faute
un joli voyage balisé
ici une maison, ici un arbre, ici un chemin
je tourne sur mon territoire minuscule, indéfiniment
j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir
j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre
et reprendre la route
43
bravement assise sur mon néon intermittent***
j'ai l'étendue indisciplinée devant moi
des visites m'assomment avec leurs visiteurs
de l'ampoule indécise je distingue
les alanguis vont et viennent
ils entrainent
des éclats de moi
prennent sans remise
et laissent pourrir
le précieux
alors pour moi-même
je cueille et je pêle
le fruit intime né dans la poussière
injectant la lumière au noir profond
au noir profond
enchassant des étoiles filantes
44
je ne veux plus rester dans la baignoire ***
à fixer longtemps le dessin
dans l'eau refroidie
le dessin a un sens maudit et lourd
le dessin a la forme informe de rien
les reliefs d'un corps dans un bain refroidit
45
sur nos routes tremblantes
nous naissons et laissons tout
nous avons, en outre
à plonger droit en lieu et date
au rendez-vous
nocturnes noces à coeur ouvert
nattes bien serrées
comme phalanges blanchies
comme ornées d'hématomes
nattes tressées au nombre d'or
des équations de l'âme
quel grand amour est couronné
de ces liens pesamment noués?
grand amour par lequel nous sommes tout
derrière ou par devant les ères
obstruant les murs de sang noir
derrière les tripes nauséabondes
la belle énigme!
par mille rubans filants
parmi les délicates ombres fuyantes
nous sommes là
fous solidaires si à l'heure dite
fous chasseurs d'ombres
quelle terrible percée, ombre pieuvre!
fièvre ruante de l'amant repoussé
fiévreuse attente vivant de corps défaits
comme oreillers de plumes creuvés
quelle terrible attente, quelle portée!
onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes
ah, vague soumise de tant d'onde naviguable
de combien d'océans jaillissent combien de vagues?
46
plaie ouverte, deviens close
dit la bouche en sa digue ourlée
j'ai une blancheur poudrée de nacre
et silencieuse à traverser
oracle, oral sans auditoire
prends pitié
tant j'essaie de me salir de mes fulgurances
je dois encore me nourrir de limon
et me couvrir de ce pollen qui se pose
en efflorescence
j'ai une pulsion native
qui creuse mon vouloir
qui me mutile pour d'autres ailes
et révèle mon vrai contenant
j'ai fais fortune, c'est évident
si il est dit qu'une amante sans amant
décroche aisément la lune
même empêtrée dans la doublure de son ombre
seule pour apprendre à contenir l'admirable
engendrant seule ce qui s'engendre
ainsi changeant pour une enveloppe flexible
et une géographie renversée
pour aller plus loin sans fatigue
j'ai cherché un lieu autrefois
mais c'était en terre étrangère
je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre
à la frontière des mondes tournoie un feu autonome
tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise
ne fais pas de remous, tais ta rive
que j'écoute
la simple mesure qui subjugue
dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète
c'est cette épée qui lamine mes fantômes
et restitue leur poids aux choses
47
ne plus se remplir au hasard
ni se nourrir du commerce des âmes
éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir
être, même tard, dans son jaillissement
48
tu m'évoques ***
le temps et ses réserves ordonnées
l'orchestration inconsciente du choix
une retenue sans fard et bien menée
tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât
j'avoue qu'il n'y a rien à inventer
49
bois la tasse
prends un peu de torrent dans ton souffle
c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence
tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques
ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur
c'est le désert, c'est tout, et son unicité
il ne peut pas te sourire, il est mort
n'entretiens pas de connivence avec la fin
son hospitalité est trompeuse
c'est que rien ne peut te contredire
ensevelie dans cette faille hors du temps
mais l'eau vive insuffle la nage au paralytique
et l'anesthésie perd son privilège
sortie d'un cocon mental au tissage serré
l'alerte est un signal réjouissant
ta peau rétractée veut sentir
ta menbrure d'insecte gauche se détend
loin de l'ennui, et loin du sable triste
où rien ne savait s'opposer au néant
50
dans cette ville
je presse la boue d'un fleuve
qui ne rend pas de vin
j'entailles des troncs et des artères
qui ne donnent pas de lait
je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici
en courant dans la nuit sur un son amplifié
je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges
ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!
mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre
j'ai rendu déjà mon âme à Paris
51
une palette de rouge
c'est ce que je retiens
est-ce confondant, l'échange juste?
lèvres rouges à baiser sans fin
bouche phosphorescente
extrêmement jolie
ton corps intelligent est si malheureux
remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!
ravaudons le, ce corps crépusculaire
constellé de traumatismes microscopiques
je sais que tu préfères à la suture
les grimaces de tes plaies ridicules
52
c'est parce qu'ici tu sais
que je vis au dehors comme au dedans
et que c'est un monde glacé
où tu me précipites
dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu
dis-moi combien coûte mon geste nu
mon bien-aimé
pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?
partout dans les replis de mes eaux lagunaires...
oh, mon amour si rare est amer
mon volcan, ma précieuse épine
devenir un atome
de ta poitrine de feu, ardente
et vaste et profonde comme la mer...
53
vie lactifère
canal généreux, hermétique mystère
je m'agrippe à ta mamelle
loin du temps conjugué et des jours chiffrables
ce serait normal que tu m'embrasses à rebours
où vont tes richesses?
défais-moi de mes humeurs labiles
avec des nourritures denses et curatives
tires- moi d'un sommeil où je te défigure
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