mardi 4 décembre 2007

aride

c'est d'abord aimer à nouveau
passer le fil
les bords du ciel doivent s'effacer
l'écriture doit jaillir
je maltraite mon coeur silencieux
avare
il a pris une décision et veut s'y tenir
le vent me dessèche et souffle encore
j'ai prononcé des voeux que j'ignore
mes désirs faciles sont des attentats
je ne sais pas pour combien de temps c'est ainsi
je ne peux m'opposer à moi-même
cela pousse pour prendre sa place
c'est un sol apparemment stérile
rien ne pousse qui n'y reçoive un nom
et je ne peux nommer
je maltraite mon coeur
afin qu'il parle enfin
il connait le sens nouveau
il ne dira rien, mais jusqu'à quand?
il attend et n'a que faire du temps
il attend que l'écriture jaillisse
que s'éloignent les bords du ciel
il attend que je sois réunie

jeudi 26 avril 2007

31.accords terrestres

de la douleur encore

une crête rougeoyante

où se focalise ma vie minimale

si petite, si concentrée

un coup de vent, une bouffée

un calvaire rien que de respirer

le calibre des larmes

30.accords terrestres

ta légèreté scandaleuse

me broie, me dissout et m'amuse

je suis aussi le vent

je suis aussi un collier de tempête

j'épouse ton contraste de frère

je te voudrais interchangeable

vois le clair- obscur de tes paysages photographiques

et la précision des luttes qui soudain m'organisent

insensibilisé, mènes- moi par le sexe ou par le crâne

moi qui m'arrime machinalement à ta coque inconsistante

éclabousse mes revers pour toi identiques à tous

toi aussi, tu existes et tu n'existes pas

dans tes pièces vides où tu t'adosses

et confonds les utilités!

entre et sors par ce double fond

qui n'a plus de sûreté

c'est trop tendre à la fin

plus de serrure, plus de clef

j'aurais aimé pour toi

creuser une galerie merveilleuse

bordée de confitures...

29.accords terrestres

une palette de rouge

c'est ce que je retiens

est-ce confondant, l'échange juste?

lèvres rouges à baiser sans fin

bouche phosphorescente

extrêmement jolie

ton corps intelligent est si malheureux

remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!

ravaudons le, ce corps crépusculaire

constellé de traumatismes microscopiques

je sais que tu préfères à la suture

les grimaces de tes plaies ridicules

28.accords terrestres

oiseau mort dans le bac à sable

à califourchon sur un arbre gelé

des anges cassent la vaisselle du mariage

une chèvre est pendue dans l'alcôve

comme le diable en personne

un python est lové le dimanche

sous le fauteuil crevé de la grange

le chien du voisin sourit de toutes ses dents

la gueule mangée de vers

voici le joli monde de l'enfance

c'est le cauchemard du manoir

qui recommence

27.accords terrestres

dans cette ville

je presse la boue d'un fleuve

qui ne rend pas de vin

j'entailles des troncs et des artères

qui ne donnent pas de lait

je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici

en courant dans la nuit sur un son amplifié

je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges

ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!

mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre

j'ai rendu déjà mon âme à Paris

26.accords terrestres

bois la tasse

prends un peu de torrent dans ton souffle

c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence

tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques

ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur

c'est le désert, c'est tout, et son unicité

il ne peut pas te sourire, il est mort

n'entretiens pas de connivence avec la fin

son hospitalité est trompeuse

c'est que rien ne peut te contredire

ensevelie dans cette faille hors du temps

l'eau vive insufflera la nage au paralytique

et l'anesthésie perdra son privilège

sortie d'un cocon mental au tissage serré

l'alerte est un signal réjouissant

ta peau rétractée voudra sentir

ta menbrure d'insecte gauche se détendra

loin de l'ennui, et loin du sable triste

où rien ne sait s'opposer au néant

25.accords terrestres

tu m'évoques

le temps et ses réserves ordonnées

l'orchestration inconsciente du choix

une retenue sans fard et bien menée

tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât

j'avoue qu'il n'y a rien à inventer

mercredi 25 avril 2007

24.accords terrestres

je ne veux plus rester dans la baignoire

à fixer longtemps le dessin

dans l'eau refroidie

le dessin a un sens maudit et lourd

le dessin a la forme informe de rien

les reliefs d'un corps dans un bain refroidit

23.accords terrestres

bravement assise sur mon néon intermittent

j'ai l'étendue indisciplinée devant moi

des visites m'assomment avec leurs visiteurs

de l'ampoule indécise je distingue

les alanguis vont et viennent

ils entrainent

des éclats de moi

prennent sans remise

et laissent pourrir

le précieux

alors pour moi-même

je cueille et je pêle

le fruit intime né dans la poussière

injectant la lumière au noir profond

au noir profond

enchassant des étoiles filantes

22.accords terrestres

sur le manège, je chevauche, ravie

le petit cheval vermeil

il galope joyeusement, habillé de lampions

soudain, je reconnais

ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin

ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin

sur le manège, je chevauche, dégrisée

le petit cheval de pacotille

c'était un parcours sans faute

un joli voyage balisé

ici une maison, ici un arbre, ici un chemin

je tourne sur mon territoire miniature, indéfiniment

j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir

j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre

et reprendre la route

21.accords terrestres

le mental assiégé

de lourds rébus s'affaissent

qui veut s'ériger ne tient pas

en circonvolutions de plâtre

coeur fragile et parole aboyée

la flèche cousue à l'arc

la main s'agitant dans les tripes

le masque besogneux entré dans les chairs

les ongles un à un retournés

sarabande épileptique

bleu nuit et vert et pourpre et noir

nuées et troupeaux s'engouffrent

et recrachent l'enfer quotidien

accroupi dans ses restes

l'être continu de se vomir

en marmottant des inepties cosmiques

et des poncifs pour mettre une norme

une boîte pour ranger le pire

une passoire pour égoutter son poison

une queue de serpent pour se souvenir de son rang

à mi-chemin entre Dieu et les hommes

animal monstueux venu de rien

incapable d'aimer ou de servir le monde

incapable même d'assouvir ses besoins

20.accords terrestres

elle est dure ta surface fumeuse d'asphalte noire

elle est loin ta chevelure

ton souffle autonome de blé ondulatoire

et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix

ton oeil penché est fendu comme une broche obscène

ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...

elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive

elle érode mes recoins depuis longtemps

tu vas encore,

le crâne démangé de mauvais sommeil

rosir ma peau de songes acides et moites

une fleur immobile est figée dans l'alcool

on dirait la vie qui reste

19.accords terrestres

consommer ton dieu

se répandre en moi

douceur en mouvement

quelle page de ton livre?

charge tendre à mourir

enfonce-toi profondément

dans mon lit

effeuillée et seule

je tresse pour toi

des guirlandes d'anémones de mer

forcée de m'entourer de mots

comme d'autant de bouées

parée pour mon sauvetage

le rivage fugitif est brumeux

peu accueillante cette terre vue de l'eau

seule, dériver vers une île

18.accords terrestres

beaucoup la servent

d'autres la sauvent

restent très couverts

pour éviter les revers

il y a les uns et puis les autres

la peau a ses caprices

et se donne mal pour ne pas se perdre

pourtant y sommeillent

des ressacs de joyaux sous la chair

et des voies pour le ciel de haute lumière

dans la dégringolade

il y a les uns et puis les autres

sertis tout vifs dans leur écrin

élégants dans leur chair de poule

ou bien

vouloir, pouvoir passer la main

calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse

et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite

et puis faut-il

plonger le fer chauffé à blanc

dans ce lait profond de la vie qui palpite?

quoi de plus ingénu qu'un ventre?

c'est presque fait pour la lame

la candeur questionne la violence

cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?

et l'on chuchote au grand rêveur

garde-toi, garde ton front pâle

hélas, du lourd tribut

chaque pièce trouble l'ensemble

chacune isolément impudique et confiante

se livre comme un tout aux abus émouvants

et poursuit seule une satiété de chimère

le piège parfois brisé

nous saurons peut-être parer nos blessures

d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants

trouée vaste vers les miracles forés de l'autre

souvent aussi

foire pathétique où tout se brade

tant de baisers laissés aux quatre vents!

encore, voici les corps fardés de nuit

voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent

les eaux font lac dans nos sacs ravinés

et nous donnent en pâture à la peau des autres

17.accords terrestres

Beauté

pourrais-je encore

au coeur du désastre

me réjouir de ta présence de fête?

aller plus loin que l'orgie sidérale

d'un siècle sidéré

que l'onde de choc dévastatrice

aux orifices virtuels

ce qui se lève ici n'est pas né de là

peut-on peler les pensées comme des adhérences?

s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?

mouvement, énergie et mesure brisée

sont la grande musique de la beauté

venus interlope

muse mutante

dont l'évidence n'est éprouvée que dans sa distortion

qui osera faire place au monstre-papillon?

diva de feu et de glace

qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?

16.accords terrestres

donne tes joues estampées

donne ta main qui broie et berce

donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu

ta misère laconique flattant ton courage

les lacis enfièvrés de tes rêves battus

les îlots verglacés d'un entre-deux mondes

donne ta puissance brisée comme une arête

contre de périlleux écueils érectils

le pathos tranquille et choyé d'un mal ami

la douleur énervante et sucrée du mélange

donne encore à voir tes contrées mal visitées

tes palais sublimes qui prennent l'eau

tes trésors croupissants stupidement oubliés

ton feu vif et ultime qu'on emmure

donne-moi ta parole vraie

j'ai peine à croire à ces miroitements

d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?

ici j'ai peur et je n'ose

15.accords terrestres

ton aube se vide sur la terre rouge

l'amour est une chute brutale

l'amour est un dernier souffle

14.accords terrestres

l'amour est vertical

le désir est parfois glacé comme une lame

le plaisir se verse grenat dans les coupes

ou tournoie en éclaboussures génitales

l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait

l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes

les voyageurs choisissent leur destination

13.accords terrestres

c'est la capture qui t'importe, chère âme

sentir ton souffle inventer mes contours

vouloir que je sois tienne, confondre je et tu

le cavalier devient la monture infidèle

au crépuscule ils essayent le ciel

regarde en face ces beautés

soumets-toi

ces outrances sont le fait d'une juste balance

afin que nos yeux sans pupilles se délestent

des fragments réunis des amants désunis

pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus

quel serait le sens autrement des liens qui nous lacèrent?

12.accords terrestres

face à moi est cet autre agissant dans un homme

qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue

ici, c'est la peau qui rampe sous la chair

la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles

une récolte amère et forte brisera, comme pour lui

nos dernières trébuchantes paroles

il offre à nos blasphèmes sa transparence

un écran sacrifié pour un destin qui écume

les noirs desseins ont des ombres basaltiques

et de brutales volées de jour clair

le fiel et le soufre se font porteurs

d'une alchimie tourmentée mais heureuse

un or lourd se martèle dans la forge des dieux

épuisant les secrets de sa naissance

et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent

les âges aux mille plaies martyres

il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit

le nectar de la vie éprouvée et réelle

pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable

un autre me regarde qui se tient devant lui

11.accords terrestres

un rêve, faucon brassant ma nuit

un décor posé, une amorce fragile

moment vague, joie incertaine

ce lieu est immense,

les murs nus tracés au hasard

et moi posée là

avec d'autres, tu vas me reconnaitre

voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide

traversant de grands espaces

l'esprit soupire, l'indomptable ironise

comment croire en ce plein d'évidences?

mais voici qu'irradie un lumineux baiser

je suis ta vestale, flamme-enfant!

derrière l'énigme d'un sourire de chat

des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent

reculons un peu, laissons pour voir

mais beaucoup plus tard il faudra

dans un temps aux noirs entrelacs

où perce, poignante, la première clarté diurne

que nous apprenions à regarder

vers la belle échappée fugace des vies

un échange attentif, main de feu

soulèvera en nous l'extase lente

de ce qui a toujours été voilé mais su

quand il sera l'heure

je baiserai d'abord

tes pieds nus, leur tiède innocence

puis goûterai chaque parcelle de toi déployée

continents emplis de silences

et tes paupières qui brident les poèmes sauvages

saccagés en-dedans

doucement éclose par ma bouche liquide

verrai fleurir ta forme, écorcée...

entre mes paumes la vie s'écoulera

de toi, sur mon or incliné

enfin, quand les années

déferont nos corps de leurs os

nos mains, comme des touts-petits

repliées en bourgeons sur nos peaux

baigneront leurs ailes endormies

dans l'engloutissement

du transitoire esquif

10.accords terrestres

longtemps, ça, que tu portes de gré ou de force

a rythmé d'autres pas

à mon tour de te rendre,par delà les chutes

et le reste

le ciel, toujours, se mêle à ta boue

cette argile pénétrée d'or pur

charrie-la

tu joues. au grand JE de la vie

violent, d'une âcre pureté

qui va secouer les lents vaisseaux du monde?

faire plonger les comètes

ployer cette terre féconde?

ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour

chacun peut voir et en juger

tu es au coeur du commencement

presse les déments sur ton sein

trouve l'issue derrière l'épouvante

voyage sur la grinçante ligne électrisée

ta conscience est chargée des données d'une époque

c'est le soir rouge de l'occident

la machine est en route

elle coiffe toute la terre

il faut se servir de l'alchimie assignée

le feu cherche en se consumant

9.accords terrestres

parfois Tu surgis comme l'odieuse escarmouche

Tu détruis et entailles et broies obstinément!

même le juste est par Toi retranché de sa source

tout est remélangé sans pudeur, grossièrement

on pourra voir enfin défiler le cortège

de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais

la Beauté altière glissant sa main de neige

dans celle de la vieille Carabosse au long nez

8.accords terrestres

avec tous, se heurter sans cesse à soi-même

se meurtrir le visage sur son reflet terni

comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse

lassitude invaincue, ronde sempiternelle

maintenue si ferme et si petitement

d'une main aux doigts indécents

insolente indolence d'un piège haï mais sûr

imparable faiseur de fausses notes

tu serpentes en vagues somnambules

monstre chéri d'ennui jouisseur

sur des boulevards trop fréquentés,

un bouffon famélique couronne un roi fantoche

7.accords terrestres

je suis louve dans la steppe immense

mon royaume est la lune pleine

ma famille est la liberté

chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine

un amour sauvage me lie à mes frères

mais je ne suis jalouse que de moi-même

mes petits sont enfants des étoiles

je les aime comme le givre sur l'herbe

si je tue souvent, la mort m'indiffère

dans le regard humide de la bête vaincue

remonte de la terre une flamme conquise et fière

quelque douleur ténue parfois enfle et me toise

et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus

me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel

6.accords terrestres

oh, mes petits dieux menus

vous me manquez...

candeur douce ou brasier rieur

au-dessus des maisons

vous dansez, comme des anges!

puissiez-vous toujours rester nus

comme le vin coule et fait l'ivresse

comme le sel de la terre resplendit!

avec votre air de fête légère,

creusez donc un profond sillon!

5.accords terrestres

errer n'est pas triste dans la pulsation du monde

dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!

alors où sont passées les changeantes couleurs,

les saveurs piquantes du possible?

le rire et ses humeurs somptueuses

le corps joyeux, et ses ivresses?

il est trop tôt, ne t'endors pas...

il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde

prendre vivant ce qui chavire!

la beauté, grave comme un fruit

sa splendeur périssable

son parfum qui se coule et se noie sous la chair

et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine

cet instant nu qui nous enlace, oublieux

et se délie soudain d'une grâce qui laboure

il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée

oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège

accepter enfin d'être et de vraiment sentir

en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles

la clef, vraiment, est de ne rien tenir

4.accords terrestres

mon coeur, cet inconscient, ce sauvage

saute et cogne

artifice éploré,face obscène,farce, grimace

faim hurleuse pour finir

le bonheur d'avoir l'âme fière!

(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)

mais les impulsions cannibales,les yeux pleins

rendons-leur hommage

qui nous mènent cahotants, débiles

atteints en secret d'une maladie rare et belle

et nous trouvent demain

chercheurs d'or parmi les banquiers!

3.accords terrestres

quel Amour sera jeté en mon coeur?

celui dont le nom brûlant Te lança sur terre

pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?

celui qui se penche, en un éclair ailé

pour boire les coeurs faibles?

celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?

celui qui est très peu connu mais désiré sans trève

cet amour, celui qu'on aime en rêve

et qui lui, aime en cercle infini

de l'âcre aurore aux astres mûrs

des nocturnes odes aux aubes sépulcrales

va du premier tendre souffle à la tombe

reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair

2.accords terrestres

hé, désirs!

petite troupe charmeuse débraillée

singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs

qu'attise une gourmandise déguisée en besoin

demandez d'autres nourritures,c'est l'heure

ou périssez demain

1.accords terrestres

scapel des mots

étrangleur de silence

dérisoire alphabet,

habit verbeux du pauvre

si tu prends ombrage d'une autre guérison

c'est encore toi qui danses ?!



.........



ô dévalez, mots

serpents de mer, queues de sirènes

cobalt crayeux mêlés de sèves

dévalez...

de cette gorge, vomissez-moi

même étroit ce passage semé de cailloux

de tranchants petits diables, de condors

dévalez, dévalez sans cesse

avalez, enfantez le reste

et que la dernière goutte brille sur ma langue

de cette semence génitrice de mirages

28.coulées

je n'en voulais plus

je n'avais pas les moyens d'être autre chose

je roulais, molestée comme un paquet de mer

rêvant une hermine de blanche écume

collectant les coquillages

chamarés et fantastiques

et perdant leur magie consignée loin des eaux

je voulais des jambes. je voulais être juste

composée des premières matières

me détacher du fond

27.coulées

du gouffre aux rameaux du ciel

tisser la transparence

dans une activité menue et silencieuse

les soies s'allongent et formulent

les chemins du secret

une géométrie pure se dessine

iridescente, articulée

la vision parfaite de la cime à l'abîme

ici se tient le centre

tiré par mille coursiers

concentré en un point

l'un et l'autre, deux mais un

comme la main et sa paume

26.coulées

le vide seul se laissait respirer

respirer mon absence à pleins poumons

je clignotais dans cette mort naissante

en m'expulsant comme une brume épaisse

je me sabordais indistinctement

pour une poignée d'êtres

m'apercevant si peu moi-même

dans le demi-jour de mes fonds remués

sous ma surface gémissante

glissait silencieux et rapide

le déluge

j'étais bonne à louer, à peine à vendre

après tout, on loue bien le seigneur!

quelle était ma partition?

il me restait si peu de beauté

même mon affaissement manquait d'envergure...

c'est étrange, mais je confesse

avoir été frappée en plein

de la meilleure façon

25.coulées

je sens souvent l'insistant murmure du voyant

je n'échappe pas alors à sa parole noyée

un mot se forme dans la glaise

un seul mot me nourrit comme un chant

ce sont des pluies si pures

des averses soudaines

des éclaircies et des splendeurs à pleurer

un ravissement d'être et de comprendre

un ravissement abyssal d'être née

24.coulées

je cherche le trait d'union

le Très Haut Amour

je serai Son coeur

tu seras Ses mains

nos bras de lianes berceront les vastitudes

nous verserons les océans de demain

surgiront des astres morts les corps chatoyants

fondront sur terre en torrent les corps compassés

éloignant les filets pourrissants de la chair

je saurai te désigner hors du temps

délaissant les désirs dépolis par les sables

je saurai être ton rire ou ton armée

tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde

d'un dieu enfant jouant avec ses créatures

et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes

coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde

23.coulées

vie lactifère

canal généreux, hermétique mystère

je m'agrippe à ta mamelle

loin du temps conjugué et des jours chiffrables

ce serait normal que tu m'embrasses à rebours

où vont tes richesses?

défais-moi de mes humeurs labiles

avec des nourritures denses et curatives

tires- moi d'un sommeil où je te défigure

22.coulées

c'est parce qu'ici tu sais

que je vis au dehors comme au dedans

et que c'est un monde glacé

où tu me précipites

dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu

dis-moi combien coûte mon geste nu

mon bien-aimé

pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?

partout dans les replis de mes eaux lagunaires...

oh, mon amour si rare est amer

mon volcan, ma précieuse épine

devenir un atome

de ta poitrine de feu, ardente

et vaste et profonde comme la mer...

22.coulées

c'est parce qu'ici tu sais

que je vis au dehors comme au dedans

et que c'est un monde glacé

où tu me précipites

dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu

dis-moi combien coûte mon geste nu

mon bien-aimé

pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?

partout dans les replis de mes eaux lagunaires...

oh, mon amour si rare est amer

mon volcan, ma précieuse épine

devenir un atome

de ta poitrine de feu, ardente

et vaste et profonde comme la mer...

21.coulées

plaie ouverte, deviens close

dit la bouche en sa digue ourlée

j'ai une blancheur poudrée de nacre

et silencieuse à traverser

oracle, oral sans auditoire

prends pitié

tant j'essaie de me salir de mes fulgurances

je dois encore me nourrir de limon

et me couvrir de ce pollen qui se pose

en efflorescence

j'ai une pulsion native

qui creuse mon vouloir

qui me mutile pour d'autres ailes

et révèle mon vrai contenant

j'ai fais fortune, c'est évident

si il est dit qu'une amante sans amant

décroche aisément la lune

même empêtrée dans la doublure de son ombre

seule pour apprendre à contenir l'admirable

engendrant seule ce qui s'engendre

ainsi changeant pour une enveloppe flexible

et une géographie renversée

pour aller plus loin sans fatigue

j'ai cherché un lieu autrefois

mais c'était en terre étrangère

je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre

à la frontière des mondes tournoie un feu autonome

tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise

ne fais pas de remous, tais ta rive

que j'écoute

la simple mesure qui subjugue

dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète

c'est cette épée qui lamine mes fantômes

et restitue leur poids aux choses

20.coulées

sur nos routes tremblantes

nous naissons et laissons tout

nous avons, en outre

à plonger droit en lieu et date

au rendez-vous

nocturnes noces à coeur ouvert

nattes bien serrées

comme phalanges blanchies

comme ornées d'hématomes

nattes tressées au nombre d'or

des équations de l'âme

quel grand amour est couronné

de ces liens pesamment noués?

grand amour par lequel nous sommes tout

derrière ou par devant les ères

obstruant les murs de sang noir

derrière les tripes nauséabondes

la belle énigme!

par mille rubans filants

parmi les délicates ombres fuyantes

nous sommes là

fous solidaires si à l'heure dite

fous chasseurs d'ombres

quelle terrible percée, ombre pieuvre!

fièvre ruante de l'amant repoussé

fiévreuse attente vivant de corps défaits

comme oreillers de plumes creuvés

quelle terrible attente, quelle portée!

onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes

ah, vague soumise de tant d'onde naviguable

de combien d'océans jaillissent combien de vagues?

19.coulées

je m'abreuve au baiser de ta bouche

ma vie arquée sur ton seul regard

nourriture-miroir riche et limpide et bleue

flêche au trait puissant mais hagard

car je ne sais où tu me touches

luxuriantes forêts bordées de ronces

orées palpitantes

profondeurs dorées

chaudes comme le pain beurré et le miel

et l'eau si fraîche

sous tes reins

je m'abreuve et c'est magnifique

je m'abreuve et je bois à la louche

en d'immenses enjambées

les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi

parcourent ton jardin

et dansent

là où je peux étreindre, j'étreins

par milliers, ces brassées de ton rire sauvage

et ces fruits d'un rouge insolent

rappellent la douceur acide

de la liberté

et son prix

sois toujours plus vaste

que le vaste monde

dans mon baiser de géante

je m'abreuve à ta source

embrase mon âme étanchée à ton souffle

qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?

18.coulées

j'ai deviné le meilleur

j'ai convié l'idée à naître

j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair

j'ai goûté la volupté du réel

n'existe que le présent

fil tangible et tremblant

être rassemblé en soi-même est un bombardement

c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages

existent dans d'inconfortables détours

il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins

connaître est la fin de tant de choses!

17.coulées

mon Amour est venu me chercher

Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même

je ne le voyais pas

depuis longtemps Il portait tous mes gestes

acquiesçait à toute pensée

dans mon élan se brisait sur l'erreur

et avec moi se redressait

quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine

et quand je le trainais comme un poids inutile

vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise

un jour, dans les actes dormants

et les vains bavardages de ma pensée sans air

j'entendis l'appel déchiré de mon âme

tel un oiseau chutant, par-delà

j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide

aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors

j'ai consenti, écrasée, immobile

là, enfin j'ai vu mon Amour terrible

mon Amour m'avait entière dans ses bras

quelque chose a tremblé un instant

révélant tout un pan des mondes

d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom

une absolue négation cédant la place soudain

à l'ivresse d'un jeu incroyable

16.coulées

je sais ce qui cours sur toi

je sais bien de quoi cela se nourrit

les charognars mangent le coeur primitif

celui-là même qui voile la pierre

ils ne s'attardent pas près de celui

qui se drape dans une pensée seyante

qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu

et s'y étrangle

celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice

non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu

sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale

elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà

sois attentif à ceux qui te croient faible

le lien tendre se noue loin des convoitises

15.coulées

ne plus se remplir au hasard

ni se nourrir du commerce des âmes

éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir

être, même tard, dans son jaillissement

v

14.coulées

à pas comptés je m'avance

non, tu n'auras rien d'habituel

tu croiras qu'il ne t'est rien donné

aucun acte n'a plus son pareil

entre nous le grand vide à tanner comme un cuir

ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire

inspire une vision sans mélange

laisse les gestes, aucun n'est le bon

tais les mots, ils sont impuissants

verse ton corps là où la danse

caresse et déplie l'athmosphère

non ce n'est pas cruel, écoute

aucune référence ne retient l'impalpable

le silence se couve comme un oeuf

bientôt éclos

13.coulées

implacable et répétitive existence

je cherche la minute dantesque et souriante

on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même

carton resté vide d'un déménagement sans fin

inutile mais brûlant sans doute en silence

qu'on veuille bien le remplir enfin

à la dernière minute.

des doutes mal dégrossis

des grisailles, pêle-mêle

et autres joies fugaces

s'y entassent

quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile

de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu

vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague

pour lesquelles sûrement on était venu

dans un autre royaume,

jetés à Tes pieds, suppliants,

on avait promis d'être bien vivants

pour cette fois

12.coulées

ces mots ont-t-ils un sens?

toujours on brise l'idole

derrière se tient le temple

il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes

dans ce temps ou dans un autre

le trésor s'obtient quand on est au point mort

le monde meurt

le Nouveau se profile

son ombre terrible et amoureuse

nous éblouit encore de trop d'éclat

un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale

nous ne sommes encore capables que de gémir

alors qu'un tendre enfant nous enlace

et nous force à lâcher de vieux jouets

d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau

pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable

céder à sa caresse est goûter le Sublime

11.coulées

si tu n'as rien, c'est ça

cette voix misérable

alors qu'un chant glorieux

jaillira de tes caves

ici viennent les Oeuvres

les siècles débordent

éclaboussent l'étroit portail

ceux qui se tiennent au seuil

sont reconnaissables

lions en cage

hébétude et rage

les submerge

as-tu envié parfois

l'imbécile tranquillité du tiède

comme un état normal

ou pressenti plus juste?

ce que tu regardes est l'avant, non l'après

de tièdeur il n'est pas

viendra l'égalité

possible à la croisée de l'être

encore cette fois

hisse ta destinée

hors l'étreinte des murs

que l'étau sur ta gorge

pétrisse la divine lutte

escortée de sa Mère colossale et guerrière

celle qui n'est pas nommée, la magnifique

si tu renais à la conscience

limpide des origines

toutes les directions

comme autant de flêches carmines

rassembleront pour tes yeux

la multitude

non, de tièdeur il n'est pas ici

mais un lit de douceur traversé par la foudre

10.coulées

quelquefois touché par cette folie

d'une grâce douloureuse et lancinante

mais ne sachant en vérité ce qu'elle est

comme une phalène malheureuse embrasée

on offre ses ailes à la fange

chaque objet maudit est recherché dehors

avec la soif grandissante de l'Ultime

las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable

comprenant à la fois son espoir et sa chute.

c'est dans un incendie que vont finir nos rêves

familiers compagnons d'une vie périmée

et le feu maintenant les dévore et nous trouve

à la mesure de notre folie première nous brûlons

à la mesure de nos errements et de nos prières

tout ce qui précède change et dit son vrai nom

chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue

la musique se joue et tout en nous se lève

magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même

9.coulées

je marche, docile, comme un trou d'ombre

je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi

prise dans mes eaux salies

lentement je délie

chaque membre

mélancolie ô broderie de mon âme!

maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit

je dessille chaque cellule dans l'eau dormante

souple pesanteur des pensées

comme de lourdes fleurs nébuleuses

comme un toxique lierre à mes tempes

exsudant, tour à tour

papillons obèses aux ailes moignons,

risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!

mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence

je marche, docile, vers ma mue

je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi

8.coulées

empoigné d'en bas

né pour disparaitre

pourtant tu devras

Devenir

secoue tes drapeaux de misère

d'abord en silence

une émeute te frôle

saisi, à genoux

tu seras forcé de manger la terre

toi, graine germée à présent

laisse fouler ton corps

la racine prend ta chair

et s'étend loin au coeur

refonde-toi en millions

que l'immensité

paraisse enfin infime

à la Mère des mondes

7.coulées

revenir du fond de la douleur

comme de la tombe

règnant sur de lugubres visions

noirs filaments de cauchemar

linceul, éclipse, décorum...

les apparâts de l'agonie

toute peine est complice de ce gouffre

ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie

ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin

hûme cette herbe si suave

bois cette lune, lait du ciel

frissonne et sens la joie

de la rosée vivante

ta blessure rend son encre

regarde la sourdre, libre

par elle seule, déjà

la plaie se mire ailleurs

6.coulées

il y a cet engourdissement de l'âme

nul ne sait

opaque reflux de sang épais

ça gronde et ça dort

tu prends le chemin du sommeil

quand vivre fait peur

qui apprivoise, qui détruit?

tous ils rient

angoisses acides, remontées pubescentes

dans les champs désertés du savoir

glissement de terrain

rien n'aidera car c'est ton poids seul

à contre-courant

un bloc calciné te regarde

ô l'Ultime dessine l'inattendu

déploie lentement sa présence

il est dit:

assez goûté de ces mets sans saveur

les lignes sont ici pour être brisées

5.coulées

implacable et répétitive existence

je cherche la minute dantesque et souriante

on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même

carton resté vide d'un déménagement sans fin

inutile mais brûlant sans doute en silence

qu'on veuille bien le remplir enfin

à la dernière minute.

des doutes mal dégrossis

des grisailles, pêle-mêle

et autres joies fugaces

s'y entassent

quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile

de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu

vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague

pour lesquelles sûrement on était venu

dans un autre royaume,

jetés à Tes pieds, suppliants,

on avait promis d'être bien vivants

pour cette fois

4.coulées

je ne suis pas celle qui glisse d'ombre en nombre

à la surface

ne me satisfait cette petitesse

cette vie sans écho

qui accepte d'échanger l'Essence

comme un voleur, sous le manteau?

au milieu d'une guerre qui opprime

verrai-je cela?

3.coulées

au début, la douleur monte comme un éternuement

passive et brève. polie en somme

puis déborde en bouquet de larmes sèches

éclats d'obus sur ta grève morne

hors champs, l'existence coûte aussi cher

ne le savais-tu pas?

rien ne reste caché bien longtemps

car c'est toi même qui débusque et saborde

la vie réclame le baiser de l'Ange

2.coulées

autrefois, je ne savais pas

cette ardeur naissante

sûre qu'elle était prodigue en chacun

lui, ou bien un autre

s'auréolait soudain

d'une lumière exquise

qui me mettait au coeur

l'envie de cueillir toutes les bouches...

or, le mur se tenait

bien droit et bien tranquille

ramassé en ses pierres

il m'attendait

de tout son roc, voulait se faire gravir

mais bloc après bloc, son plaisir

fut d'être par moi descellé

là, je m'arrêtai, incertaine

cherchant en vain les jeux d'avant

dont la blessure m'était caresse

dont la promesse m'était le vent

contrainte d'aller au delà

la caverne était claire, et grande!

je savais nécessaire alors

de réduire en poudre savante

la légion hantée de mes sens

le roulis du vieux monde ne me berce plus

sa nourriture me paraît lourde et fade

j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues

ici n'est plus qu'une béance insondable

qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir

des roches, j'extraierai le minerai brut

qui porte en lui la secrète aventure

lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure

dormants dans un silencieux rire

1. coulées

les yeux, désastreux astres obliques

deux trous béants traversés par le monde

qui regarde?

mardi 10 avril 2007

COULEES





(à te regarder passer, si chère, et pas assez de chair pour te tenir lieu d'âme)

1



les yeux, désastreux astres obliques

deux trous béants traversés par le monde

qui regarde?



2



au début, la douleur monte comme un éternuement

passive et brève. polie en somme

puis déborde en bouquet de larmes sèches

éclats d'obus sur ta grève morne

hors champs, l'existence coûte aussi cher

ne le savais-tu pas?

rien ne reste caché bien longtemps

car c'est toi même qui débusque et saborde

la vie réclame le baiser de l'Ange



3



je ne suis pas celle qui glisse d'ombre en nombre

à la surface

ne me satisfait cette petitesse

cette vie sans écho

qui accepte d'échanger l'Essence

comme un voleur, sous le manteau?

au milieu d'une guerre qui opprime

verrai-je cela?



4



mon coeur, cet inconscient, ce sauvage ***

saute et cogne

artifice éploré,face obscène,farce, grimace

faim hurleuse pour finir

le bonheur d'avoir l'âme fière!

(pauvre poule de basse-cour parmi d'autres)

mais les impulsions cannibales,les yeux pleins

rendons-leur hommage

qui nous mènent cahotants, débiles

atteints en secret d'une maladie rare et belle

et nous trouvent demain

chercheurs d'or parmi les banquiers!



5



implacable et répétitive existence

je cherche la minute dantesque et souriante

on s'essouffle longtemps si semblable à soi-même

carton resté vide d'un déménagement sans fin

inutile mais brûlant sans doute en silence

qu'on veuille bien le remplir enfin

à la dernière minute.

des doutes mal dégrossis

des grisailles, pêle-mêle

et autres joies fugaces

s'y entassent

quand, vers le soir on comble l'épouvante inutile

de n'avoir pas su, ni pu, ni voulu

vraiment marcher sur la crête ou glisser sur la vague

pour lesquelles sûrement on était venu

dans un autre royaume,

jetés à Tes pieds, suppliants,

on avait promis d'être bien vivants

pour cette fois



6



quel Amour sera jeté en mon coeur?

celui dont le nom brûlant Te lança sur terre

pour y dévorer des hommes aux poitrines muettes?

celui qui se penche, en un éclair ailé

pour boire les coeurs faibles?

celui qui tue sans même un geste, ou rend la vie?

celui qui est très peu connu mais désiré sans trève

cet amour, celui qu'on aime en rêve

et qui lui, aime en cercle infini

de l'âcre aurore aux astres mûrs

des nocturnes odes aux aubes sépulcrales

va du premier tendre souffle à la tombe

reviens des limbes bleuis jusqu'aux palais de chair



7



scapel des mots

étrangleur de silence

dérisoire alphabet,

habit verbeux du pauvre

si tu prends ombrage d'une autre guérison

c'est encore toi qui danses ?!



.........



ô dévalez, mots

serpents de mer, queues de sirènes

cobalt crayeux mêlés de sèves

dévalez...

de cette gorge, vomissez-moi

même étroit ce passage semé de cailloux

de tranchants petits diables, de condors

dévalez, dévalez sans cesse

avalez, enfantez le reste

et que la dernière goutte brille sur ma langue

de cette semence génitrice de mirages



8



il y a cet engourdissement de l'âme

nul ne sait

opaque reflux de sang épais

ça gronde et ça dort

tu prends le chemin du sommeil

quand vivre fait peur

qui apprivoise, qui détruit?

tous ils rient

angoisses acides, remontées pubescentes

dans les champs désertés du savoir

glissement de terrain

rien n'aidera car c'est ton poids seul

à contre-courant

un bloc calciné te regarde

ô l'Ultime dessine l'inattendu

déploie lentement sa présence

il est dit:

assez goûté de ces mets sans saveur

les lignes sont ici pour être brisées



9



revenir du fond de la douleur

comme de la tombe

règnant sur de lugubres visions

noirs filaments de cauchemar

linceul, éclipse, décorum...

les apparâts de l'agonie

toute peine est complice de ce gouffre

ne fais pas tienne cette tragédie, je t'en prie

ici, Ses yeux incandescents brillent au jardin

hûme cette herbe si suave

bois cette lune, lait du ciel

frissonne et sens la joie

de la rosée vivante

ta blessure rend son encre

regarde la sourdre, libre

par elle seule, déjà

la plaie se mire ailleurs



10



empoigné d'en bas

né pour disparaitre

pourtant tu devras

Devenir

secoue tes drapeaux de misère

d'abord en silence

une émeute te frôle

saisi, à genoux

tu seras forcé de manger la terre

toi, graine germée à présent

laisse fouler ton corps

la racine prend ta chair

et s'étend loin au coeur

refonde-toi en millions

que l'immensité

paraisse enfin infime

à la Mère des mondes



11



je marche, docile, comme un trou d'ombre

je détruis chaque lueur qui n'est pas Toi

prise dans mes eaux salies

lentement je délie

chaque membre

mélancolie ô broderie de mon âme!

maintenant, j'exerce mon oeil à ta nuit

je dessille chaque cellule dans l'eau dormante

souple pesanteur des pensées

comme de lourdes fleurs nébuleuses

comme un toxique lierre à mes tempes

exsudant, tour à tour

papillons obèses aux ailes moignons,

risibles fées sans baguettes, chouettes aveugles!

mon voeu pénible se bat dans ce grouillant silence

je marche, docile, vers ma mue

je refuse chaque diamant qui n'est pas Toi



12



ces mots ont-t-ils un sens?

toujours on brise l'idole

derrière se tient le temple

il faut avoir consommé les parfums et les poisons extrêmes

dans ce temps ou dans un autre

le trésor s'obtient quand on est au point mort

le monde meurt

le Nouveau se profile

son ombre terrible et amoureuse

nous éblouit encore de trop d'éclat

un aveuglement sot nous vêt d'une peur primale

nous ne sommes encore capables que de gémir

alors qu'un tendre enfant nous enlace

et nous force à lâcher de vieux jouets

d'une pressante violence s'entrevoit d'abord le Nouveau

pourtant son geste est le plus doux, bien qu'implacable

céder à sa caresse est goûter le Sublime



13



quelquefois touché par cette folie

d'une grâce douloureuse et lancinante

mais ne sachant en vérité ce qu'elle est

comme une phalène malheureuse embrasée

on offre ses ailes à la fange

chaque objet maudit est recherché dehors

avec la soif grandissante de l'Ultime

las, le coeur se brise sur l'indéchiffrable

comprenant à la fois son espoir et sa chute.

c'est dans un rougeoiement que vont finir nos rêves

familiers compagnons d'une vie périmée

et le feu maintenant les dévore et nous trouve

à la mesure de notre folie première nous brûlons

à la mesure de nos errements et de nos prières

tout ce qui précède change et dit son vrai nom

chaque manque vibre d'une symphonie longtemps perdue

la musique se joue et tout en nous se lève

magiquement pour Cela que l'on sert en soi-même



14



si tu n'as rien, c'est ça

cette voix misérable

alors qu'un chant glorieux

jaillira de tes caves

ici viennent les Oeuvres

les siècles débordent

éclaboussent l'étroit portail

ceux qui se tiennent au seuil

sont reconnaissables

lions en cage

hébétude et rage

les submerge

as-tu envié parfois

l'imbécile tranquillité du tiède

comme un état normal

ou pressenti plus juste?

ce que tu regardes est l'avant, non l'après

de tièdeur il n'est pas

viendra l'égalité

possible à la croisée de l'être

encore cette fois

hisse ta destinée

hors l'étreinte des murs

que l'étau sur ta gorge

pétrisse la divine lutte

escortée de sa Mère colossale et guerrière

celle qui n'est pas nommée, la magnifique

si tu renais à la conscience

limpide des origines

toutes les directions

comme autant de flêches carmines

rassembleront pour tes yeux

la multitude

non, de tièdeur il n'est pas ici

mais un lit de douceur traversé par la foudre





15



du gouffre aux rameaux du ciel

tisser la transparence

dans une activité menue et silencieuse

les soies s'allongent et formulent

les chemins du secret

une géométrie pure se dessine

iridescente, articulée

la vision parfaite de la cime à l'abîme

ici se tient le centre

tiré par mille coursiers

concentré en un point

l'un et l'autre, deux mais un

comme la main et sa paume



16



errer n'est pas triste dans la pulsation du monde ***

dans la course, tout frémit d'énergie vibrante!

alors où sont passées les changeantes couleurs,

les saveurs piquantes du possible?

le rire et ses humeurs somptueuses

le corps joyeux, et ses ivresses?

il est trop tôt, ne t'endors pas...

il faut jeter le pont, harponner l'heure hagarde

prendre vivant ce qui chavire!

la beauté, grave comme un fruit

sa splendeur périssable

son parfum qui se coule et se noie sous la chair

et qui n'est savouré qu'en l'absence prochaine

cet instant nu qui nous enlace, oublieux

et se délie soudain d'une grâce qui laboure

il faut oser voir derrière les masques d'une mort fatiguée

oser forcer cette vieille serrure, ce sortilège

accepter enfin d'être et de vraiment sentir

en vérité il n'est ni bijoux ni dentelles

la clef, vraiment, est de ne rien tenir



17



au début, je ne savais pas

cette ardeur naissante

sûre qu'elle était prodigue en chacun

lui, ou bien un autre

s'auréolait soudain

d'une lumière exquise

qui me mettait au coeur

l'envie de cueillir toutes les bouches...

or, le mur se tenait

bien droit et bien tranquille

ramassé en ses pierres

il m'attendait

de tout son roc, voulait se faire gravir

mais bloc après bloc, son plaisir

fut d'être par moi descellé

là, je m'arrêtai, incertaine

cherchant en vain les jeux d'avant

dont la blessure m'était caresse

dont la promesse m'était le vent

contrainte d'aller au delà

la caverne était claire, et grande!

je savais nécessaire alors

de réduire en poudre savante

la légion hantée de mes sens

le roulis du vieux monde ne me berce plus

sa nourriture me paraît lourde et fade

j'ai perdu maintenant l'attrait des choses sues

ici n'est plus qu'une béance insondable

qu'aucun songe d'hier ne peut plus éblouir

des roches, j'extraierai le minerai brut

qui porte en lui la secrète aventure

lunes, étoiles, soleils à l'abri de l'armure

dormants dans un silencieux rire



18



oh, mes petits dieux menus ***

vous me manquez...

candeur douce ou brasier rieur

au-dessus des maisons

vous dansez, comme des anges!

puissiez-vous toujours rester nus

comme le vin coule et fait l'ivresse

comme le sel de la terre resplendit!

avec votre air de fête légère,

creusez donc un profond sillon!



19



je suis louve dans la steppe immense

mon royaume est la lune pleine

ma famille est la liberté

chacun se sait mon Maître, de tous je suis la Reine

un amour sauvage me lie à mes frères

mais je ne suis jalouse que de moi-même

mes petits sont enfants des étoiles

je les aime comme le givre sur l'herbe

si je tue souvent, la mort m'indiffère

dans le regard humide de la bête vaincue

remonte de la terre une flamme conquise et fière

quelque douleur ténue parfois enfle et me toise

et d'autres vies, souvenirs jamais nés ou perdus

me font hurler la nuit, pendue aux robes du ciel



20



hé, désirs!

petite troupe charmeuse débraillée

singes nouveaux-nés, pressés et hurleurs

qu'attise une gourmandise déguisée en besoin

demandez d'autres nourritures,c'est l'heure

ou périssez demain



21



avec tous, se heurter sans cesse à soi-même ***

se meurtrir le visage sur son reflet terni

comtemplons-la, cette face grillagée et moqueuse

lassitude invaincue, ronde sempiternelle

maintenue si ferme et si petitement

d'une main aux doigts indécents

insolente indolence d'un piège haï mais sûr

imparable faiseur de fausses notes

tu serpentes en vagues somnambules

monstre chéri d'ennui jouisseur

sur des boulevards trop fréquentés,

un bouffon famélique couronne un roi fantoche



22



à pas comptés je m'avance

non, tu n'auras rien d'habituel

tu croiras qu'il ne t'est rien donné

aucun acte n'a plus son pareil

entre nous le grand vide à tanner comme un cuir

ce qu'avec la pensée tu ne peux décrire

inspire une vision sans mélange

laisse les gestes, aucun n'est le bon

tais les mots, ils sont impuissants

verse ton corps là où la danse

caresse et déplie l'athmosphère

non ce n'est pas cruel, écoute

aucune référence ne retient l'impalpable

le silence se couve comme un oeuf

bientôt éclos



23



parfois Tu surgis comme l'odieuse escarmouche

Tu détruis et entailles et broies obstinément!

même le juste est par Toi retranché de sa source

tout est remélangé sans pudeur, grossièrement

on pourra voir enfin défiler le cortège

de ce qui est nommé - à tord - bon, ou mauvais

la Beauté altière glissant sa main de neige

dans celle de la vieille Carabosse au long nez



24



je cherche le trait d'union

le Très Haut Amour

je serai Son coeur

tu seras Ses mains

nos bras de lianes berceront les vastitudes

nous verserons les océans de demain

surgiront des astres morts les corps chatoyants

fondront sur terre en torrent les corps compassés

éloignant les filets pourrissants de la chair

je saurai te désigner hors du temps

délaissant les désirs dépolis par les sables

je saurai être ton rire ou ton armée

tu seras le rayon d'or pur, moi, la joie ronde

d'un dieu enfant jouant avec ses créatures

et nous battrons, fertiles comme des ventres de femmes

coeurs jumeaux frémissants sur les genoux du monde



25



longtemps, ça, que tu portes de gré ou de force

a rythmé d'autres pas

à mon tour de te rendre,par delà les chutes

et le reste

le ciel, toujours, se mêle à ta boue

cette argile pénétrée d'or pur

charrie-la

tu joues. au grand JE de la vie

violent, d'une âcre pureté

qui va secouer les lents vaisseaux du monde?

faire plonger les comètes

ployer cette terre féconde?

ton chemin: interne éclatement, mue au grand jour

chacun peut voir et en juger

tu es au coeur du commencement

presse les déments sur ton sein

trouve l'issue derrière la terreur

voyage sur la grinçante ligne électrisée

ta conscience est chargée des données d'une époque

c'est le soir rouge de l'occident

la machine est en route

elle coiffe toute la terre

il faut se servir de l'alchimie assignée

le feu cherche en se consumant



26



un rêve, faucon brassant ma nuit ***

un décor posé, une amorce fragile

moment vague, joie incertaine

ce lieu est immense,

les murs nus tracés au hasard

et moi posée là

avec d'autres, tu vas me reconnaitre

voilà...ô miroir, tes yeux sont valse vide

traversant de grands espaces

l'esprit soupire, l'indomptable ironise

comment croire en ce plein d'évidences?

mais voici qu'irradie un lumineux baiser

je suis ta vestale, flamme-enfant!

derrière l'énigme d'un sourire de chat

des nuées écarlates et d'onduleuses prairies te signent

reculons un peu, laissons pour voir

mais beaucoup plus tard il faudra

dans un temps aux noirs entrelacs

où perce, poignante, la première clarté diurne

que nous apprenions à regarder

vers la belle échappée fugace des vies

un échange attentif, main de feu

soulèvera en nous l'extase lente

de ce qui a toujours été voilé mais su

quand il sera l'heure

je baiserai d'abord

tes pieds nus, leur tiède innocence

puis goûterai chaque parcelle de toi déployée

continents emplis de silences

et tes paupières qui brident les poèmes sauvages

saccagés en-dedans

doucement éclose par ma bouche liquide

verrai fleurir ta forme, écorcée...

entre mes paumes la vie s'écoule

de toi, sur mon or incliné

enfin, quand les années

déferont nos corps de leurs os

nos mains, comme des touts-petits

repliées en bourgeons sur nos peaux

baigneront leurs ailes endormies

dans l'engloutissement

du transitoire esquif



27



je sais ce qui cours sur toi

je sais bien de quoi cela se nourrit

les charognars mangent le coeur primitif

celui-là même qui voile la pierre

ils ne s'attardent pas près de celui

qui se drape dans une pensée seyante

qui n'aspire à rien qui ne soit rebattu

et s'y étrangle

celui-ci s'étouffe de vertu, soeur racoleuse du vice

non, c'est bien l'animal étonné qui a perdu son dieu

sa fureur en toi est sismique, mais sa foi sidérale

elle exige et fait plier l'homme pour un au-delà

sois attentif à ceux qui te croient faible

le lien tendre se noue loin des convoitises



28



mon Amour est venu me chercher

Il me talonnait déjà, mieux qu'un autre moi-même

je ne le voyais pas

depuis longtemps Il portait tous mes gestes

acquiesçait à toute pensée

dans mon élan se brisait sur l'erreur

et avec moi se redressait

quand je le maudissais, Il nourrissait ma haine

et quand je le trainais comme un poids inutile

vacillait dans mon corps comme une fièvre mauvaise

un jour, dans les actes dormants

et les vains bavardages de ma pensée sans air

j'entendis l'appel déchiré de mon âme

tel un oiseau chutant, par-delà

j'entendis son écho, lointain, tirant le plein du vide

aux confins d'une peine trop vaste pour mon coeur alors

j'ai consenti, écrasée, consentante

là, enfin j'ai vu mon Amour terrible

mon Amour m'avait entière dans ses bras

quelque chose a tremblé un instant

révélant tout un pan des mondes

d'impossibles réseaux de splendeurs sans nom

une absolue négation cédant la place soudain

à l'ivresse d'un jeu incroyable



29



face à moi est cet autre agissant dans un homme

qui sert l'hôte, drapé dans sa nudité crue

ici, c'est la peau qui rampe sous la chair

la vieillesse et l'âge tendre sont mis en semailles

une récolte amère et forte brisera, comme pour lui

nos dernières trébuchantes paroles

il offre à nos blasphèmes sa transparence

un écran sacrifié pour un destin qui écume

les noirs desseins ont des ombres basaltiques

et de brutales volées de jour clair

le fiel et le soufre se font porteurs

d'une alchimie tourmentée mais heureuse

un or lourd se martèle dans la forge des dieux

épuisant les secrets de sa naissance

et sur sa toile vierge s'entrechoquent et roulent

les âges aux mille plaies martyres

il accepte, loin sous sa figure d'aveugle nuit

le nectar de la vie éprouvée et réelle

pour l'heure, vécue comme un veuvage incroyable

un autre me regarde qui se tient devant lui



30



c'est la capture qui t'importe, chère âme ***

sentir ton souffle inventer mes contours

vouloir que je sois tienne, confondre je et tu

le cavalier devient la monture infidèle

au crépuscule ils essayent le ciel

regarde en face ces beautés

soumets-toi

ces outrances sont le fait d'une juste balance

afin que nos yeux sans pupilles se délestent

des fragments réunis des amants désunis

pour nous, les longes et les mors étaient les bienvenus

quel serait le sens autrement des éclats qui nous blessent?



31



l'amour est vertical ***

le désir est parfois glacé comme une lame

le plaisir se verse grenat dans les coupes

ou tournoie en éclaboussures génitales

l'ivresse est un océan pourpre où le coeur se tait

l'extase déploie l'or et le bleu sans rives de ses royaumes

les voyageurs choisissent leur destination



32



ton aube se vide sur la terre rouge ***

l'amour est une chute brutale

l'amour est un dernier souffle



33



je sens souvent l'insistant murmure du voyant

je n'échappe pas alors à sa parole noyée

un mot se forme dans la glaise

un seul mot me nourrit comme un chant

ce sont des pluies si pures

des averses soudaines

des éclaircies et des splendeurs à pleurer

un ravissement d'être et de comprendre

un ravissement abyssal d'être née



34



j'ai deviné le meilleur

j'ai convié l'idée à naître

j'ai perçu le sentiment s'infiltrant dans la chair

j'ai goûté la volupté du réel

n'existe que le présent

fil tangible et tremblant

être rassemblé en soi-même est un bombardement

c'est ainsi que les hommes donnent la main aux mirages

existent dans d'inconfortables détours

il y a une horreur indéfinie qui frôle les reins

connaître est la fin de tant de choses!



35



donne tes joues estampées ***

donne ta main qui broie et berce

donne à voir ton diable qui s'accouple à ton dieu

ta misère laconique flattant ton courage

les lacis enfièvrés de tes rêves battus

les îlots verglacés d'un entre-deux mondes

donne ta puissance brisée comme une arête

contre de périlleux écueils érectils

le pathos tranquille et choyé d'un mal ami

la douleur énervante et sucrée du mélange

donne encore à voir tes contrées mal visitées

tes palais sublimes qui prennent l'eau

tes trésors croupissants stupidement oubliés

ton feu vif et ultime qu'on emmure

donne-moi ta parole vraie

j'ai peine à croire à ces miroitements

d'où provient ce qui luit sur tes sables mouvants?

ici j'ai peur et je n'ose



36



je m'abreuve au baiser de ta bouche

ma vie arquée sur ton seul regard

nourriture-miroir riche et limpide et bleue

flêche au trait puissant mais hagard

car je ne sais où tu me touches

luxuriantes forêts bordées de ronces

orées palpitantes

profondeurs dorées

chaudes comme le pain beurré et le miel

et l'eau si fraîche

sous tes reins

je m'abreuve et c'est magnifique

je m'abreuve et je bois à la louche

en d'immenses enjambées

les pieds enfantins que j'ai gardé pour toi

parcourent ton jardin

et dansent

là où je peux étreindre, j'étreins

par milliers, ces brassées de ton rire sauvage

et ces fruits d'un rouge insolent

rappellent la douceur acide

de la liberté

et son prix

sois toujours plus vaste

que le vaste monde

dans mon baiser de géante

je m'abreuve à ta source

embrase mon âme étanchée à ton souffle

qu'as-tu créé si tu ne peux en jouir?



37



Beauté

pourrais-je encore

au coeur du désastre

me réjouir de ta présence de fête?

aller plus loin que l'orgie sidérale

d'un siècle sidéré

que l'onde de choc dévastatrice

aux orifices virtuels

ce qui se lève ici n'est pas né de là

peut-on peler les pensées comme des adhérences?

s'éloigner du multiple sans fabriquer du rien?

mouvement, énergie et mesure brisée

sont la grande musique de la beauté

venus interlope

muse mutante

dont l'évidence n'est éprouve que dans sa distortion

qui osera faire place au monstre-papillon?

diva de feu et de glace

qui a peur de traverser l'immense excroissance générique?



38



beaucoup la servent ***

d'autres la sauvent

restent très couverts

pour éviter les revers

il y a les uns et puis les autres

la peau a ses caprices

et se donne mal pour ne pas se perdre

pourtant y sommeillent

des ressacs de joyaux sous la chair

et des voies pour le ciel de haute lumière

dans la dégringolade

il y a les uns et puis les autres

sertis tout vifs dans leur écrin

élégants dans leur chair de poule

ou bien

vouloir, pouvoir passer la main

calmer ses yeux sous l'empreinte épaisse

et bercer, à travers la forme, l'idée parfaite

et puis faut-il

plonger le fer chauffé à blanc

dans ce lait profond de la vie qui palpite?

quoi de plus ingénu qu'un ventre?

c'est presque fait pour la lame

la candeur questionne la violence

cueillant le désir, aurons-nous une brassée de franches douleurs?

et l'on chuchote au grand rêveur

garde-toi, garde ton front pâle

hélas, du lourd tribut

chaque pièce trouble l'ensemble

chacune isolément impudique et confiante

se livre comme un tout aux abus émouvants

et poursuit seule une satiété de chimère

le piège parfois brisé

nous saurons peut-être parer nos blessures

d'une traversée amoureuse sous les arbres bruissants

trouée vaste vers les miracles forés de l'autre

souvent aussi

foire pathétique où tout se brade

tant de baisers laissés aux quatre vents!

encore, voici les corps fardés de nuit

voici qu'à nouveau les yeux fondent et confondent

les eaux font lac dans nos sacs ravinés

et nous donnent en pâture à la peau des autres



39



consommer ton dieu ***

se répandre en moi

douceur en mouvement

quelle page de ton livre?

charge tendre à mourir

enfonce-toi profondément

dans mon lit

effeuillée et seule

je tresse pour toi

des guirlandes d'anémones de mer

forcée de m'entourer de mots

comme d'autant de bouées

parée pour mon sauvetage

le rivage fugitif est brumeux

peu accueillante cette terre vue de l'eau

seule, dériver vers une île



40



elle est dure ta surface fumeuse d'asphalte noire ***

elle est loin ta chevelure

ton souffle autonome de blé ondulatoire

et ma gorge est serrée d'enlacer tant ta voix

ton oeil penché est fendu comme une broche obscène

ton oeil de poisson mort qui regarde, de fantôme...

elle est lente ta démarche aquatique, et corrosive

elle érode mes recoins depuis longtemps

tu vas encore,

le crâne démangé de mauvais sommeil

rosir ma peau de songes acides et moites

une fleur immobile est figée dans l'alcool

on dirait la vie qui reste



41



le mental assiégé ***

de lourds rébus s'affaissent

qui veut s'ériger ne tient pas

en circonvolutions de plâtre

coeur fragile et parole aboyée

la flêche cousue à l'arc

la main s'agitant dans les tripes

le masque besogneux entré dans les chairs

les ongles un à un retournés

sarabande épileptique

bleu nuit et vert et pourpre et noir

nuées et troupeaux s'engouffrent

et recrachent l'enfer quotidien

accroupi dans ses restes

l'être continu de se vomir

en marmottant des inepties cosmiques

et des poncifs pour mettre une norme

une boîte pour ranger le pire

une passoire pour égoutter son poison

une queue de serpent pour se souvenir de son rang

à mi-chemin entre Dieu et les hommes

animal monstueux venu de rien

incapable d'aimer ou de servir le monde

incapable même d'assouvir ses besoins



42



sur le manège, je chevauche, ravie ***

le petit cheval vermeil

il galope joyeusement, habillé de lampions

soudain, je reconnais

ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin

ici la maison, ici l'arbre, ici le chemin

sur le manège, je chevauche, dégrisée

le petit cheval de pacotille

c'était un parcours sans faute

un joli voyage balisé

ici une maison, ici un arbre, ici un chemin

je tourne sur mon territoire minuscule, indéfiniment

j'attends, j'attends le courage de descendre et de fuir

j'attends de pouvoir ouvrir grand la maison, saluer l'arbre

et reprendre la route



43



bravement assise sur mon néon intermittent***

j'ai l'étendue indisciplinée devant moi

des visites m'assomment avec leurs visiteurs

de l'ampoule indécise je distingue

les alanguis vont et viennent

ils entrainent

des éclats de moi

prennent sans remise

et laissent pourrir

le précieux

alors pour moi-même

je cueille et je pêle

le fruit intime né dans la poussière

injectant la lumière au noir profond

au noir profond

enchassant des étoiles filantes



44



je ne veux plus rester dans la baignoire ***

à fixer longtemps le dessin

dans l'eau refroidie

le dessin a un sens maudit et lourd

le dessin a la forme informe de rien

les reliefs d'un corps dans un bain refroidit



45



sur nos routes tremblantes

nous naissons et laissons tout

nous avons, en outre

à plonger droit en lieu et date

au rendez-vous

nocturnes noces à coeur ouvert

nattes bien serrées

comme phalanges blanchies

comme ornées d'hématomes

nattes tressées au nombre d'or

des équations de l'âme

quel grand amour est couronné

de ces liens pesamment noués?

grand amour par lequel nous sommes tout

derrière ou par devant les ères

obstruant les murs de sang noir

derrière les tripes nauséabondes

la belle énigme!

par mille rubans filants

parmi les délicates ombres fuyantes

nous sommes là

fous solidaires si à l'heure dite

fous chasseurs d'ombres

quelle terrible percée, ombre pieuvre!

fièvre ruante de l'amant repoussé

fiévreuse attente vivant de corps défaits

comme oreillers de plumes creuvés

quelle terrible attente, quelle portée!

onde entrechoquée de muettes nuques d'hommes

ah, vague soumise de tant d'onde naviguable

de combien d'océans jaillissent combien de vagues?



46



plaie ouverte, deviens close

dit la bouche en sa digue ourlée

j'ai une blancheur poudrée de nacre

et silencieuse à traverser

oracle, oral sans auditoire

prends pitié

tant j'essaie de me salir de mes fulgurances

je dois encore me nourrir de limon

et me couvrir de ce pollen qui se pose

en efflorescence

j'ai une pulsion native

qui creuse mon vouloir

qui me mutile pour d'autres ailes

et révèle mon vrai contenant

j'ai fais fortune, c'est évident

si il est dit qu'une amante sans amant

décroche aisément la lune

même empêtrée dans la doublure de son ombre

seule pour apprendre à contenir l'admirable

engendrant seule ce qui s'engendre

ainsi changeant pour une enveloppe flexible

et une géographie renversée

pour aller plus loin sans fatigue

j'ai cherché un lieu autrefois

mais c'était en terre étrangère

je n'ai pas su rapprocher le ciel de la terre

à la frontière des mondes tournoie un feu autonome

tendre écorchure,dans l'erreur cicatrise

ne fais pas de remous, tais ta rive

que j'écoute

la simple mesure qui subjugue

dans la mesure j'ai vu un dépassement de comète

c'est cette épée qui lamine mes fantômes

et restitue leur poids aux choses



47



ne plus se remplir au hasard

ni se nourrir du commerce des âmes

éloigner toutes les fleurs que l'on ne peut cueillir

être, même tard, dans son jaillissement



48



tu m'évoques ***

le temps et ses réserves ordonnées

l'orchestration inconsciente du choix

une retenue sans fard et bien menée

tu m'évoques les faits dans leur plus simple apparât

j'avoue qu'il n'y a rien à inventer


49


bois la tasse

prends un peu de torrent dans ton souffle

c'est ce que tu offres de mieux au bouillon de ta rémanence

tes branches mal grandies quittent les côtes hermétiques

ne persistes pas, ne pries pas avec ferveur

c'est le désert, c'est tout, et son unicité

il ne peut pas te sourire, il est mort

n'entretiens pas de connivence avec la fin

son hospitalité est trompeuse

c'est que rien ne peut te contredire

ensevelie dans cette faille hors du temps

mais l'eau vive insuffle la nage au paralytique

et l'anesthésie perd son privilège

sortie d'un cocon mental au tissage serré

l'alerte est un signal réjouissant

ta peau rétractée veut sentir

ta menbrure d'insecte gauche se détend

loin de l'ennui, et loin du sable triste

où rien ne savait s'opposer au néant


50


dans cette ville

je presse la boue d'un fleuve

qui ne rend pas de vin

j'entailles des troncs et des artères

qui ne donnent pas de lait

je vois derrière l'oeil venir la pluie d'ici

en courant dans la nuit sur un son amplifié

je sais, les ailes de peau ne sont pas pour les anges

ensemencer, ensiler pauvrement toute cette terre!

mon ventre reste un vase creux où gronde le tonnerre

j'ai rendu déjà mon âme à Paris


51


une palette de rouge

c'est ce que je retiens

est-ce confondant, l'échange juste?

lèvres rouges à baiser sans fin

bouche phosphorescente

extrêmement jolie

ton corps intelligent est si malheureux

remplissons ce mirador de beaucoup d'images et de livres!

ravaudons le, ce corps crépusculaire

constellé de traumatismes microscopiques

je sais que tu préfères à la suture

les grimaces de tes plaies ridicules


52


c'est parce qu'ici tu sais

que je vis au dehors comme au dedans

et que c'est un monde glacé

où tu me précipites

dis-moi que c'est un monde gagné pour un monde perdu

dis-moi combien coûte mon geste nu

mon bien-aimé

pourquoi te multiplies-tu dans mes vers?

partout dans les replis de mes eaux lagunaires...

oh, mon amour si rare est amer

mon volcan, ma précieuse épine

devenir un atome

de ta poitrine de feu, ardente

et vaste et profonde comme la mer...


53


vie lactifère

canal généreux, hermétique mystère

je m'agrippe à ta mamelle

loin du temps conjugué et des jours chiffrables

ce serait normal que tu m'embrasses à rebours

où vont tes richesses?

défais-moi de mes humeurs labiles

avec des nourritures denses et curatives

tires- moi d'un sommeil où je te défigure