creuse et légère
je suis de bois
de bois mort, de bois flotté je suis
creuse et légère
rien ne s'imprime
sur ma peau d'âme-écorce
je ne comprends pas
ce qui doit s'éveiller
alors je dors
je suis de bois flotté
je suis la belle au bois dormant
qui es-tu, toi
derrière mon sommeil?
tu prétends me défaire
du baiser de l'oubli?
tu ne peux me déloger
de l'eau qui m'a fait naître
pourquoi es-tu si sûr
de ton cerveau?
j'ai pris la lune sur le bosquet
et le romarin en pousses tendres
et le soleil caressant les merveilles
ça ne m'a pas été donné de plein gré
où est celui qui me dévêt?
où est celui qui me mène?
j'attends, rien ne me met en prière
fruit douloureux penché sur la falaise
rien ne fait jour en moi
au point d'allumer la nuit
je cours sur la mort
comme sur une montagne
de pommes qui dévalent
je vais vers des champs sans culture
l'inconnu me lance une lanterne
ici, je ne rencontre que des ombres
qui se signent
pourquoi me réveillerais-je ?
si je suis née
je suis encore ailleurs
naître entière serait mon salut
je vous salue, ô maître des formes
car je suis de bois flotté
rien ne me leste
mon vin ne fermente pas
ma peau ne rend pas le son du tambour
rien ne jaillit du bois mort et de l'eau
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